© VD - Hotel Room
Tentative de suite...
J’ai dans l’idée qu’un jour
Nous pourrons structurer une pensée
C’est possible
Nous l’avons déjà fait
Il a beau dire
Nous ne croyons pas à
L’assoupissement
Il faut comprendre qu’à la suite de l’idée
Ne se présente pas forcément
Beaucoup
D’horizon
Ecrire serait creuser l’horizon
Pour y discerner des failles
Des ruptures de ligne
Des variations
Entre
Le mouvement des vagues
Nous rejetons l’idée d’une pensée morte
Tournée sur elle-même
Cannibale
Toujours une ligne d’action
Est un point tendu vers
L’infini
Il y a des méandres dans ce mot
Bien sûr
Des tentatives
Nous y avons des éclairs
Possibles
Pour ne pas dire tout à fait
Notre place
(L’ivresse)
Certains posent leurs mains
En oubliant leur force
D’autres pêchent par excès
De délicatesse
(L’heure avance)
(L’heure tourne)
D’une seconde à ravir
Progressivement à l’autre
Nous grapillons
Des minutes aux heures
Et nous retardons
L’échéance
(Croyez-le ou non)
Tandis que lui travaille, elle a toujours eu une vie de bohème.
Faisant de petits boulots ici et là, elle se croit libre mais voilà...
Hier…
Le poids du passé…
Elle ne sait plus vraiment où aller.
Et puis ne paie-t elle pas aujourd’hui, de sa jeunesse vagabonde, les pots cassés.
Toujours, elle s’est senti une âme d’artiste.
Elle a écrit, chanté, joué la comédie…
Les petits boulots qu’elle fait attisent son orgueil, mais voilà…
Elle est fatiguée.
Plus jeune, elle a étudié l’histoire de l’art, non pas en vue d’une carrière, mais pour son seul plaisir.
Ensuite, elle a rejoint une troupe de théâtre, elle y a rencontré des gens « extraordinaires »...
Elle a fait de la musique tout en étant serveuse.
Elle a même voulu à un moment réaménager une vieille bâtisse à la campagne.
Elle n’a jamais rougi de sa condition, elle en a même parfois retiré de la force...
Mais maintenant…
Une chose lui a permis de tenir pendant ces dix années : les rêves de reconnaissance qu’elle caressait.
Le soir, sur son oreiller, elle y pense encore.
Elle s’imagine un jour au milieu de ceux qui l’ont dénigrée, sûre d’elle, épanouie, prenant sa revanche…
Elle se voit offrir à ceux qui l’avaient soutenue, ce qu’elle n’avait jamais eu : une chance.
Elle en est là, à croire que toute sa vie comme un puzzle s’emboîtera un jour grâce à un évènement incongru… comme une petite fille qui attend, blottie sous ses draps, l’arrivée du prince charmant.
Elle attend.
Elle vit avec ce frêle espoir.
Rien.
Hier, elle s’est dit :
- Il est trop tard. Trop tard pour passer des concours, reprendre mes études. Que vais-je faire de ma vie ?
Maintenant elle voudrait renaître.
Redevenir une enfant, que sa vie soit une page blanche sur laquelle elle écrirait différemment.
Peut-être que demain elle devra faire un choix. Essayer de devenir celle qu’elle est au risque de ne l’être jamais ou bien… enfin se reposer.
.
.
Il faut dormir bientôt
Et penser à sauver ce qui peut encore l’être...
Mais ce Je n’est plus rien dans la nuit qui me vole
L’appétit de mon corps projeté sur le mien
Entre ma vie se coupe en étapes succinctes
Un souvenir majeur de rubis et d’absinthe
Qui replonge à grand cri dans le fracas du monde
J’inonde à perdre haleine un espoir et sa larme
De connivence feinte flétrie sur son onde
Charme attaché au mien et de lui-même épris
J’attache un cœur sans vie au marbre de mes mains
.
.
Par la force des courants, un dévoiement du cap, une piste écartée, l'errance inacceptable. Je dérive sans explorer les rencontres
fortuites aux alentours. En s'écartant des lieux, les corps icebergs, monolithes, se perdent, s'éteignent doucement, c'est irréversible. Je dérive sans le cap, doucement des corps s'écartent.
L'errance sans explorer la force des lieux, une dérive sans explorer les courants, doucement, doucement aux alentours, et se perdre, s'éteindre. L'errance que l'on ne tolère, les rencontres
fortuites s'éteignent doucement, c'est irréversible. Doucement, l'errance sans le cap, doucement, l'errant que l'on ne tolère, dérive, n'a jamais été, jamais, une rencontre fortuite, tout au
plus, qu'il faut écarter, éteindre, sans explorer la force du courant, sans explorer les alentours, même occasionnellement. La force monolithique, un courant irréversible, des corps aux
alentours, une dérive, corps icebergs que l'on ne tolère, écartés, une piste inacceptable, même fortuite, une dérive.
C’était leur rêve.
Un rêve de jeunesse, un rêve riverain, un rêve d’évasion, évasif...
Longtemps, entre eux, ils en ont parlé.
Tantôt ce rêve leur est apparu comme impossible, tantôt, certains soirs d’ivresse, comme à leur portée.
Longtemps, tous deux l’ont caressé : témoin muet d’une jeunesse languissante.
Au départ, cela n’aurait été qu’un simple cabanon abandonné, ou peut-être avec un peu de chance, une vieille bâtisse qu’ils auraient restaurée ensemble, pour y vivre.
Il y aurait eu du travail, tous deux auraient mis du cœur à l’ouvrage…
Avant tout il aurait fallu refaire la toiture.
Sur la charpente, déformée par les ans, il aurait disposé tant bien que mal, de petits carreaux de terre cuite ou d’ardoise ; elle aurait proposé de peindre sur les tuiles des motifs chamarrés évoquant le terroir.
Plus habile que lui, elle aurait dessiné des tulipes à coloris variés, des fauvettes, des faisans, des bouvreuils, des roseaux, des genêts jaunes, des épicéas, des pins parasols, des glaïeuls à la fleur de l’âge et même de petits ruisseaux serpentant la plaine.
Quant à lui, sans souci de réalisme, voulant mêler au pittoresque un soupçon d’exotisme, il aurait voulu dessiner en vain un paysage touffu et fantastique sensé représenter, allégoriquement, l’oasis d’El Goléa.
Bien sûr, de temps en temps, au plus fort des chaleurs ou à la nuit tombée, ils se seraient arrêtés...
Un temps seulement, pour se désaltérer de cette eau fraîche des montagnes, de ce vin fort et sec qui vous râpe la gorge, pour déguster à pleine bouche un fruit rouge et juteux épais comme le poing, une salade de pissenlits, un pâté de campagne…
Pendant qu’elle serait partie à l’aventure, en éclaireur, chiner dans les hameaux avoisinants pour dégoter du mobilier vétuste, de la vaisselle vénitienne et toute une ribambelle de broutilles indispensables à l’authenticité du lieu, il se serait improvisé menuisier.
Armé de larges planches de merisier et du manuel pratique du parfait ébéniste, il se serait attelé à la tâche. Ponçant, lissant, polissant de petits tabourets d’ébène et des meubles anciens, rembourrant de vieux fauteuils chétifs, et avec des rameaux longs et flexibles, cueillis à même les saules, raccommodant des chaises en osier…
Une fois les travaux de restauration achevés, ils auraient commencé la déco avec le sentiment partagé de créer une atmosphère artistiquement conviviale.
Dans la grande salle, sur les murs de pierre, elle aurait accroché toute une variété de casseroles en cuivre, elle aurait mêlé des toiles de son cru à des reproductions de Matisse, Renoir, Watteau suggérant des sujets champêtres ou des fêtes galantes.
Entre deux toiles il aurait disposé tout un tas de babioles aux sonorités
étrangement paysannes : un couladou, un sentadou, un bouffadou, ainsi que bien d’autres objets rares : une vieille planche à pain, un rouet servant autrefois à filer le chanvre et le lin, les vestiges d’une machine à coudre…
Sur la cheminée en brique crénelée, sous le porche, ils auraient posé deux landiers en fer forgé, un chandelier, et, sur une petite étagère en acajou, des bougeoirs et deux longs candélabres en bronze ou en laiton malléable dans le but de donner à la pièce, selon l’humeur des nouveaux convives, une tonalité intime ou bien festive.
Là, pour le souper, ils auraient pendu à la crémaillère un morceau de lard fumé et une énorme marmite en fonte.
Assis, tout à leur aise, près de l’âtre crépitant, ils auraient discuté théâtralement de l’avancée des travaux, de divers sujets politiques, philosophiques, scientifiques.
Chacun aurait donné son avis.
Leurs repas n’auraient rien eu de précieux ou de raffiné, mais la fraîcheur, la frugalité des mets, la bonhomie des invités auraient procuré au palais une saveur particulière et sans cesse renouvelée.
Peu à peu, ce lieu leur serait devenu familier.
Le soir, parfois, dans le silence, assis confortablement au coin du feu, lui roulant une cigarette, elle sirotant une tisane de tilleul, ils se seraient demandé si tous ces objets inanimés n’avaient pas une âme.
C’était un rêve, un rêve romantique, un rêve de jeunesse, un rêve riverain, un rêve d’évasion, évasif. Un rêve qui avec l’âge peu à peu s’évaporait.
Du pain noir Baudelaire sont tes sonnets lancés
Du haut des tours maudites auxquelles on m’abandonne,
Corsaire sur trottoirs, le soleil effaré
Se tait, l’œil gyrophare, ici le ciel s’étonne.
Ma Babel n’est pas belle, parpaing béton armé,
Titis sur le pavé, tristes étés aphones,
Micros tendus on crie : « La Banlieue a brûlé ! »,
Des titans sont armés, ils retournent la zone,
Soufflent nos faux papiers : « Volés sont vos yeux vairs ! »,
Nos routes effacées… et les vieux, dos courbés,
Ravalent leurs jeunes années dans le vieil air
Insane, et ma banlieue, à un milliard de lieues
Du chemin damascé, se consume en enfer,
Feux des prolégomènes à la saison passée.
– Grenoble, décembre 2010 –
