Le corps de Juliette était devenu la ville de Roméo. Il promenait son regard sur le paysage, balayait des yeux le lac de sa chevelure, se baladait sur la grande avenue de sa nuque, prenait le temps de déjeuner sur la terrasse de son torse, s’abritait à l’ombre dans son nombril pour y faire une petite sieste, passait la porte du plaisir et en goûtait le fruit velouté, puis il admirait la fontaine.
Ensuite, il prenait un virage à gauche, sillonnait de sa main la courbure de son bassin, visitait lentement, descendait et arrivait à une impasse, infranchissable avec une muraille autour, alors il la survolait et remontait.
Après, il allait poster une lettre de mots doux à l’angle de son oreille, parcourait le tour de son visage en sautillant au-dessus de ses grains de beauté, se désaltérait à la source de ses lèvres pendant que ses doigts lisses coulaient le long du boulevard de ses hanches. Il rebroussait chemin, gravissait la colline de ses omoplates, prenait un grand tournant, grimpait la montagne de ses seins avec sa bouche, arrivait au pic de son téton, en faisait le tour avec sa langue, y reposait sa tête quelques instants, s’y installait enfin de compte, et y dressait son temple.
La journée passait très vite dans cette ville.
» Hoax poem factory «
Belle Lurette trop silencieuse
Belle Lurette brusque et véhémente
Belle Lurette si ténébreuse
Belle Lurette fièvre transparente
Belle Lurette que les bras m’en tombent
Belle lurette qu’Amour les fesses nues et jaunes verse dans l’hécatombe
Belle Lurette pathétique – trinque sans regret – à nos héautontimorouménos !
Belle lurette que ma glace sans tain se fissure sous l’œil de Chronos
Belle Lurette qu’il n’y a plus de merveilleux nuages à horizon
Belle Lurette de ciel améthyste champ de coton - soirs de poison
Belle lurette de lune poilue, frousse, que j’ai peur bleue à déterrer
Fugitive, soir après soir
Belle Lurette triste sort à claire-voie
Belle Lurette presque en sang dans mon chant carnavalesque
Belle lurette le long des ruisseaux des épouvantails à souvenirs ont ricoché
Belle lurette des cailloux de Poucet gigantesques
Promesses de mouflette en miettes éparpillées
Belle lurette mes mille et autres pointes de contre-pieds pour m’évader
de ce , semblant de petite-maison…^ O ma pauvre tête !
Belle lurette de piñatas , bang-bang-bang fracas grisant ma pauvre tête,
à fracasser…
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Belle lurette fiel de vieille Hou-Hou qu’a pas crevé
Belle lurette ma pierre de fou pas arrachée
Belle lurette mon affiche noir charbon, le loup blanc qu’tout l’monde connait
Belle Lurette chat collé au mur mitoyen d’un cabaret
Belle lurette cartes à poèmes couleur ciel chrysanthème
Belle Lurette bouche en cœur de mérou sempiterthème
Belle Lurette nef opaque peinturlurée
Belle Lurette embarquement enfer de Parques en Parques
Belle Lurette alcools célestes en mer et s’y noyer
Belle Lurette au pied d’un minaret, les yeux brillants au Ciel à quelques étoiles près, je compte le temps qui m’est compté
Et minauder
sur ce, semblant de terre ferme…
Belle lurette de khôl à raturer, sobre trait de Parque sur mon visage en pièces délabrées,
Encore que mes yeux roulent , confus de ne savoir où s’arrêter…
Dorothea Lange, The Migrant Mother, 1936
Il était écrit dans la cire. Nous
Prendrons un café. Ensemble
Là-bas, au bout du monde. Addis abeba.
Budapest. Là-bas. Sur le coin de ton bureau
Je t’y écrirai des morceaux de poésie.
Des misères de travers.
Des diagonales. Des lignes dont on perd le fil
En pensant : tiens, c’est ici.
Juste ici. Sous ta paupière.
Je croyais passer le temps. T’oublier
T’oblitérer sur un courrier. Longue distance.
Traverser la mer en vitesse de croisière.
Une putain de timbre-poste. Mais le temps
Ici comme là-bas. C’est pareil. C’est
Une conquête de l’espace restreint.
Ces lieux sans tentures. Sans parfum.
Où tout s’écrit sans jamais se dire.
J’avalais la poussière. Sous le lit. Sur
Son corps, la vapeur de nos transpirations.
J’escomptais aux souffles de biais
Aux rires chaotiques. Des fins de soirée
A manger les vecteurs de l’oubli
A chanter aux vies de parler en silence
Mais c'est d'une autre dont je te parle.
Nos itinéraires divergeaient. Toi, l’alcool
Muet. Moi, la poésie du langage ordurier.
Alors que nous marchions de quinconce
Je pensais ne jamais côtoyer la mort
Cible mouvante. Jamais atteinte
Toujours debout. Le commencement des larmes
Avortées. Du jazz, permission de s'évader
J’encensais fort mes potentiels invisibles.
Te sachant souffrante mais jamais. Abdiquant
Je savais me mentir. Et aux mondes alentours.
Tiens : c’est ici. Et nulle part ailleurs
Ni le ciel. Ni les convulsions de l’étoile. Du Nord
Du grand Nord. Celui des perditions
Et des volcans effacés des cartes.
Je trace une errance. Solitaire aux doigts longs
Parlant de la reine aux douleurs immenses
Tous ces poèmes. Ces rejetons miniatures
Pour ne rien dire. Ne rien sauver. De ce qui
Ne peut l’être. Je ne participe seulement
Qu’aux révélations douteuses. Du passé
De nos vies perpendiculaires. Droites gauchies
Qui finiront. Un jour, une aurore. Par se croiser
De nouveau, ici ou là-bas. Dans l’exotisme
Falsifié. Dans l’usurpation du grand Nord
03/09/09
