// Le collectif RAtUReS // sera à L'Heure bleue à Saint Martin d'Hères les samedi 4 et dimanche 5 décembre 2010 pour le // Marché de la Poésie et du livre d'art // organisé chaque année par la Maison de la poésie Rhône-Alpes.
Venez donc nous rendre visite au magnifique stand que nous aurons pour l'occasion !
Vous pourrez ainsi découvrir nos =>
CARTES POSTALES RAtUReS // DéCEMBRE 2010 //
Nombreux choix de poésies postales en couleur et noir & blanc, de différents formats...
Et bien sûr notre =>
RECUEiL COLLECTiF RAtUReS // SEPTEMBRE 2009 //
Nouvelle édition de septembre 2009 ; un best of des poètes du Collectif RAtURes !
C’est au cours d’un voyage scolaire en Italie.
Il s’en souviendra… toute sa vie, enfin… c’est ce qu’on dit.
L’adolescente s’appelle…
Elle est en troisième…
Lui en cinquième.
Pourquoi a-t-il fait ça ?
Pour la simple raison qu’on se moquait de lui !
Pourtant, lui, il s’imaginait que le premier baiser était dans une vie un acte important, qu’il fallait, pour l’accomplir, éprouver ce sentiment surnaturel qu’on appelle l’amour. Lui, il ne connaissait rien à l’amour.
Parfois, il se disait qu’il l’aimait, elle…
Il n’en était pas sûr.
Mais quand elle était près de lui, il se sentait bizarre, comme différent.
Mais elle ne lui avait rien demandé, elle ! C’était l’autre qui voulait sortir avec lui...
Comment déjà ? Constance… Clémence… Clarence…
Donc ce fameux soir, C* vient le voir, suivie par une cohorte d’adolescentes, toutes excitées.
Tous deux timidement se dirigent vers un coin sombre, sans parler.
Ils restent face à face un long moment.
Brusquement, C* met les mains autour de son cou ; malhabile, il lui emprisonne la taille, leurs yeux se rencontrent, avant de se fermer…
Leurs langues s’enlacent.
Un peu plus loin, on entend des rires, des gloussements…
Le baiser dure longtemps.
Il ouvre les yeux de temps en temps, il ne sait pas s’il doit s’arrêter ou continuer…
Il commence même à avoir du mal à respirer, mais, satisfait, il pense :
- Ca y est, c’est fait !
Soudain, il songe, naïvement, qu’un monde meurt…
Il a l’impression d’être un grand, plus jamais il ne sera comme avant.
Ils s’embrassent encore deux ou trois fois, chaque baiser dure une éternité.
A la longue, il en a un peu marre de faire tourner sa langue encore et encore, inlassablement, mais il ne dit rien, avant qu’un filet de bave vienne s’accumuler sous son palais et l’empêche de respirer.
Ils se séparent sans un mot.
Quand il rejoint ses copains, ils trépignent, lui donnent l’accolade dans le dos, ils sont fiers de lui, peut-être même un peu jaloux…
C’est bizarre… comme s’il avait accompli un exploit surhumain.
Il joue son rôle, plaisante avec eux, leur donne de faux détails et d’autres indiscrets.
Et finit par conclure que l’autre, C*, ne sait pas embrasser…
Quand il s’éloigne de son groupe d’amis, il croise tout à coup le regard de celle qu’il croyait aimer.
Banque en banquet bancal abdique quiproquo abscons nous qui sans cœur courons à corps complet en quelle cuite conne, cuisses en corne, queue en quinconce,
connaissons
© Eadweard Muybridge, 1879
L’étranger : « regarde cette étoile, que te dit-elle ? Rien ! Et ce rien, c’est l’imagination qui le soulève. »
L’astronome : « Elle est trop proche, l’étoile, pour qu’on puisse la connaître. De loin, la perspective est bien meilleure. »
L’amateur : « Je n’en possède pas de semblable. C’est une étoile unique, peut-être même, rêvée. »
Le philosophe : « Ne s’observe que ce qui se construit ; ne s’invente que ce qui participe. »
Le SDF : « Dites-moi, quel goût a-t-elle ? »
Si je parle de ton corps, je parle des sables, des vents et des ruisseaux. Il est une île que j’aborde dans le secret des remous et des ondes – j’y perçois ce que la nature recèle, par ses courbes tissées. Ton corps, houle sang circule, oscillation – alternance des courants inouïs – baiser de la terre – divagante.
La ville est encore là, qui nous peint.
Nous offrons nos pigments derrière lesquels le medium transparaît, lucide. Et nous voilà des peaux, sous le regard des autres. Et nos vies slaloment
entre le
semblant
et d’autres
vérités.
Ton corps,
m’accordera-t-il, du temps ?
Pierre béton plâtre, où la ville s’appartient-elle, sinon dans le regard ? Les constructions nous couvent, les voies circulent dans nos pensées. Nous sommes de la chaleur qui monte des boyaux et des cryptes, des métros et des caves. De la moiteur, entre les jours, et les nuits sans escales. De la flamme qui vertige, que le souffle avive et strangule en même temps. Nous sommes du plâtre et du béton, du fer de la poussière, du silence de l’écho, du rien et du quand même. Peut être –
Je soulève
mes propres
questions /
que viens-tu faire dans ces mots
qu’y a-t-il de sang dans ton encre
pourquoi traverser les pages
les tourner comme sa langue
cette fois sans qu’elle bouge
pourquoi
s’éterniser
dans l’étincelle ?
Que veux-tu donc,
qui soit exprimé –
là
Toi mon frère, qui viens de quitter la surface ; pour ensemencer la terre, encore ;
toi qui traces ton île, par tes lèvres ouvertes ;
je te serre contre mes propres mots.
La mort, ce n’est pas l’heure,
mais la houle.
Leurre
qui nous sait part.
(Pour Aimé Césaire, ce vendredi sombre, du 18 avril 2008)
Daniel Leduc
(Geste(s) du Jour, inédits)
Elle a tout prévu.
Elle a fait son sac en douce avant de se coucher.
Après le repas, elle s’est levée à pas de loup, pour chiper dans le frigo une part de pizza, deux pommes… et, bien sûr, une tablette de chocolat.
Un bond…
Elle saute du lit pour tout revérifier une dernière fois.
Trois culottes, trois paires de chaussettes, une jupe, un jeans, une carte de France, une lampe, un couteau suisse… et, bien sûr, sa petite trousse de maquillage.
Elle aurait dû prendre un pull, mais dans la rue, quand on est trop chargé, on éveille l’attention…
Elle n’a pas de projets précis…
La route…comme Kérouac…
La bohème… Comme Rimbaud !
Elle s’imagine la réaction de ses parents…
ça sera bien fait pour leur gueule, surtout pour celle de son vieux !
C’est vrai qu’elle va regretter sa chambre, ses poupées, son Clowny… ses cassettes…
L’heure tourne…
Elle commence à lutter pour ne pas s’endormir.
Elle a prévu de partir à l’aube.
Elle se récite un court passage d’un poème « Demain dès l’aube…. »
Prendre un train au hasard…
Elle a assez d’argent pour vivre une semaine dans une auberge de jeunesse...
Mais après ? Soudain elle doute !
Pour la première fois, elle se pose un tas de questions...
Si la police la cherche… si elle tombe sur des mecs louches…
Pour ça, elle a son couteau…
Trop tard pour reculer !
Le sommeil l’enlace peu à peu… elle ferme les yeux…
Tout à coup elle les ouvre !
Affolée…
Sept heures ! Des bruits de pas dans l’escalier.
On frappe à sa porte…
Son père… qui vient comme d’habitude la tirer du lit.
Elle se tapit sous ses couvertures… grogne ! Tant pis…
En se levant ce matin là, elle se jure, « croix de bois, croix de fer »… que la nuit prochaine sera la bonne !
<< Il n’y a absolument pas de différence
Amour
Entre la conscience du ventre et le feu qui nous pousse à le suivre
Il faut pouvoir courir – courir
Ou l’on se consumera sur place >>
Je me sens si proche du bonheur, et je me regarde vivre en osant encore me demander pourquoi ?
J’ai une femme auprès de moi qui dort et respire régulièrement, dans toute sa douceur et sa force.
Elle est une telle étendue d’amour et d’angoisse, tout comme moi, palpable et reine de ses contes de fées mais ne sachant évidemment pas la couleur du jour qui se lèvera demain.
Nous sommes uniques et autochtones en notre jardin d’Eden, conscients que d’un crépuscule à l’autre nous devrons vivre la chute…
Nous sommes heureux, c’est sûr ; portant peut-être avec sagesse nos erreurs et nos mensonges ; ayant vraisemblablement vécu et appris…
Alors nous voilà.
Mais nous ne sommes entiers que seuls…
Des coquillages sur la niche
un Yorkshire chien de
garde
d'une tirelire abandonnée
une laisse en cuir usée
sur la balançoire
les angles se répètent à l'envi
sous la robe blanche
aux reflets hybrides
mais toujours teintés de mélancolie.
Des mots larsens
percutent l'instant
les étincelles frôlent les cous plissés
lumineux.
Près des jasmins maculés
le long de la cuisse
on touche l'univers
jusqu'au nadir
dans un bruit de cuivre
bien grave.
Du gravier
là où les cerceaux s'entassent
raye le vernis
brise la croute
les doigts affamés
fouillent la gueule béante
jusqu'au cœur de la fable
pour en extraire le mou
et se saisir du bâton.
On parle de conjuration
d'une rengaine que l'on repousse loin
au delà d'une longueur de bras.
L'immensité n'effraye plus
on la parcourt sans retenu
vagabonde dans les entrailles
à chercher un signe.
Mais les boites
les valises
où brillaient encore quelques contes
sont vides.
A la ferme, elle ne s’ennuie pas.
Elle se lève très tôt, comme les jours d’école, mais plus en forme.
Elle déjeune près du fourneau d’un grand bol de lait chaud quand son papy a fini de traire les vaches.
Ensuite, elle va à l’écurie pour donner du fourrage aux lapins.
Parfois elle en prend un dans ses petites mains, le caresse longtemps, avant de le reposer toute triste dans son clapier …
Une fois dans le poulailler, elle s’avance très doucement… sans bruit, à pas de loup, pour surprendre une poule en train de pondre l’œuf.
Elle connait par cœur toutes leurs cachettes et dans son panier en osier, un à un, délicatement, elle dépose les œufs.
Vers onze heures, mamy l’appelle…
Le cahier de vacances.
Distraitement, elle fait ses devoirs tout en pensant qu’elle ira voir, après, sans rien dire, parce que c’est dangereux, l’essaim d’abeilles niché entre la vitre et la fenêtre du grenier.
A midi, grand-père se fait attendre et comme d’habitude grand-mère ronchonne :
- On ne sait pas où il passe celui-là…
Au milieu du repas, on entend toujours un bruit de moteur, sauf les dimanches...
Elle saute de sa chaise, court jusqu’à la boîte…chaque jour elle reçoit des nouvelles de ses parents…
L’après-midi, quand elle n’a rien à faire, elle aide sa grand-mère à éplucher les patates, ou à faire une tarte aux pommes.
D’autres fois, elle va voir ses tantes qui lui apprennent à jouer aux cartes, qui l’emmènent dans la forêt chercher des myrtilles et des framboises.
Certains jours, de mèche avec son grand-père, elle monte sur le tracteur et l’accompagne faner le foin dans les champs alentour.
Ils reviennent avant la nuit.
Le soir, elle est fatiguée... plus que les jours d’école.
Elle s’assoit à côté de la cheminée, un livre dans les mains, les pieds au chaud et écoute les adultes parler.
- Elle ne s’ennuie pas trop, la petite ? demande une tante.
- Oh ! Vous savez qu’elle aime venir ici ! Quand on ne sera plus là, ma pauvre, ses parents ne viendront plus mais je vous assure que la petite, elle, elle y viendra…
Elle ne dit rien, la petite.
Plus tard, adolescente, elle comprendra cette phrase d’un livre :
Les lieux de l’enfance sont des temples sacrés
Qui, quand on y revient, nous livrent leurs secrets .
