Squelettes se disputant un hareng saur. James Ensor (1891)
La cravate sans la montre
Se disent les grands hommes quand ils ferment les yeux aux autres les insignifiants vidés
D’un organe puis deux puis trois un peu plus ou moins qui vivra se réveillera et verra
Mais moi je ne vois pas de guillotine j’imagine seulement mon index courir sur la cravate qui cacherait ton infâme cicatrice celle qui éructe de l’aine à ta pomme d’Adam
Un cliché disparaît Puis plus rien
En ta mémoire
Ô charogne muette, que dirais-tu si tu pouvais raconter
Mon oreille cherche ton souffle mes pensées tes pensées
Tes yeux verrouillés m’ouvriraient presque les murs sans portes richement décorés
De ta ville prise à la gorge nouée de béton sale d’acier de sable d’or sans fin
Comme une antique mer épuisée
De bercer les âmes tourmentées sous l’œil indifférent d’une montre arrêtée
" La lucidité est la blessure la plus proche du Soleil " René Char
Ils vont les clairvoyants
Déguster leur souffrance,
Jusqu’à en devenir féroce !
Un jour, désœuvrés, ils se proclament artistes !
Dès lors, chacune de leur ligne est une écharde
Sans cesse boursoufflée,
De morceaux de vie pleurnicharde !
Ils ne vomissent pas,
Le cœur au bord des lèvres,
Ils mâchent et remâchent chaque bouchée
De leur petit Moi !
Des versants de la Plainte
Aux versants de l’Orgueil
Ils se déversent à chaque Instant,
Tissant toujours des vers sans
Saveurs qui seront sensés les sauver !
Alors, bien sûr, ils réclament à tue-tête,
Un frère de misère, une sœur de sueur… un lecteur !!
Qui viendrait éponger les longs poèmes
A l’ossature désossée
Qui s’écoulent le long de leurs paupières immondes !
Et ils s’en vont la plume au cul,
Ne s’agitant toujours qu’autour d’eux même
Ne reniflant pas plus loin que leur luth !
Et ils s’en vont stupides, immobiles
Sans paletot, sans idéaux
Pareils à de vulgaires et tristes PlayMobil.
Chez certains hommes, c’est leur magnifique propension à être poètes, touchant à la folie, mais invisible pour autrui, qui fait d’eux de très bons poètes, plus que leurs apparentes oeuvres poétiques.
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Il quitte sa ville natale vingt ans durant sans y être retourné depuis. Mais quand il y pose de nouveau son pied, il en expérimente pour la première fois la nostalgie, comme s’il venait de s’en séparer pour la première fois, et non de la retrouver après une si longue absence.
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Rilke a su merveilleusement créer pour ses mots de poésie de profonds malaises.
Rilke a su merveilleusement créer dans ses poèmes de profonds marasmes. Sans précédent dans l’histoire de la poésie.
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Etre historien, c’est souvent s’accaparer les oublis des autres, sans véritablement les transformer en souvenirs.
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J’aime ce petit texte, qui s’applique à mes appréhensions très vives précédant mes voyages:
rassemblant tous ses pas, je décide finalement de ne pas partir.
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Il existe nombre d’hommes publics qui passent le plus clair de leur temps chez eux à la maison.
ou: l’avantage suprême pour des hommes publics est de passer le plus clair de leur temps chez eux à la maison.
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On vient à la poésie aidé d’un langage solitaire, y compris vis-à-vis de soi-même. C’est ce qui a fait peut être la spécificité de la poésie de Mallarmé.
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La poésie fait injustement ombrage au monde, car elle n’est pas aussi belle que lui.
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L’aube plus lumineuse, plus lumineuse que le plus éclatant des jours, arrive pour mon extase d’appartenir à Dieu. A tous les moments de la journée.
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Le prénom de l’aube/le surnom du ruisseau… sur quoi écrire de la poésie si on ne les connaît pas?
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La plus grande solitude comblée dans toute l’histoire de l’univers, elle advient lorsque le ruisseau reflète le jour, en l’intégrant totalement.
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La plus grande déperdition dans l’univers, que dis-je, dans tout le cosmos, c’est l’oubli que commettent les hommes en toute situation.
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Cette aube prend très vite du jour exactement comme le bateau prend de l’eau. Ils coulent tous deux de la même manière. La première dans le jour et le deuxième dans l’eau.
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Il faut apprendre que le mot est aussi une mappemonde.
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Les liens de parenté entre l’homme et le mot ne sont pas que verbaux, tant s’en faut.
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La langue fait preuve d’un génie indiscutable. Je pourrais produire plusieurs exemples à cet égard, mais je me contente du suivant: lorsque ce professeur dit qu’il parle dans son cours, il signifie par là qu’il y critique très sévèrement le régime politique actuel de son pays.
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Le mot m’apprend le monde mieux que le monde lui-même.
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Voilà, j’en cherchais l’idée depuis des années, le mot est plus vrai que le monde.
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Les mots les plus somptueux avec la vie ne sont pas somptueux.
Les mots les plus somptueux avec la vie ne sont pas les plus somptueux.
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J’attends encore quelques jours encore pour écrire sur ce temple vide inhibé habité de cigales qui ne chantent jamais.
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Finalement, finalement, la vie est un bien bel outil pour mourir.
AH !
Qui, dame, dénonce un furieux / Désir dopant d’impression cutanée ? / Da – Da – Oui – l’affirmation / D’ubiquité
tactile s’aventure / Et brosse la bulle imminente / Rebrousse un poil impie…
[En chambre à l’air con d’homme caoutchouc / Rutilant d’aise en brique alu]
Mièvre apatride adolescente / Au ciboulot torché de bible… / Car trop Calliope… attraction… / Je calle et pige, « dieu quel cul ! »
Mais merde humez-moi l’âme ! / Moi, mon humain ventre bipède / En reste, en rade, à cinq séquestre / Un saint… / S’en va souvent en guerre au point / Qu’Électre branche en prise son / Bonbon de rousse renardière
Des tiennes mon joyau / D’obsidienne fraîche – mac à l’arbre-amour / Bataille, bas-touche, à tout prix / Hors de la ceinture, fouet, laisse / Porte – apporte ton trou cuivré…
Au Commencement... du dégoût, il n’y a rien
D’autre que ce qui saccage
Chaque jour un peu plus
La chanson de l’enfance.
Ce n’est qu’après que viennent,
Pour donner forme à ce dégoût,
Les sanglots étouffés
Les souvenirs sanglants,
Les paupières pendantes
Et les renoncements…
Ce soir, tu reviens de la Ville,
Tu reviens
Avide de sarcasmes,
Tu reviens
Des spasmes de la Ville,
Tu reviens
Les idées vagues
Les idées…
Vaselines des Rêves.
D’où le dégoût s’élève… discrètement !
Au commencement du dégoût,
Du moins, du tiens
Il y a les Artistes,
Lézards tristes à l’ânonnement pleurnichard
A l’arrogante catharsis
Qui maquillent en un engagement fade
Une personnalité mièvre!
Ce soir tu reviens de la Ville Rêve.
La ville, d’où le dégoût s’élève bruyamment !
Devant toi
Le soir flambe.
Il n’ya plus rien ici.
Il reste le soir.
Un peu d’orgueil !
Allez !
Contrairement à ce qu’ils disent
Tu n’es pas de ceux qui remorquent les souvenirs !
