Sein chuchote éclos donc
Que l’on ignore
Le monde à nos pieds :
Une coulure de cire
En aluminium
Une étoile
Le parfait hologramme
Incarcéré avec les oiseaux ;
Fragmente une gorgée de sel
Pour retrouver la soif ;
La perte d’aube
Un filet d’essence
Dans nos artères.
Jongler dans un cercle de feuilles
Et épuiser les arbres
Aux grands réverbères tremblements
Ville peux-tu voir ton océan
De nuages et même
La neige saupoudrer le macadam
Et les ponts s’étirer
Arcs-en-ciel.
Et le chat s’est perdu dans le lavabo
Cent milles raisons
D’espérer demain
Ce qui est déjà :
Café froid
Et cigarettes cardiaques.
Dis-moi que tout
N’a pas déjà brûlé
D’un mégot éteint
Symptôme d’éternité.
Une proie, au détriment du doute
Se sacrifie au pieu de mes envies…
J’avoue le larcin, j’ai bu
J’ai triché, menti
Calciné le rebus des vœux
Pieux, fragiles, brisés…
La moindre sensation fausse
Un discours laid s’arroge le droit
D’exister
Vipère enrobe le doigt de jus
Et lèche jusqu’à en crever…
Morsure
Rendons la clé au pâtre !
Laissons le cynisme aux chiens !
Un souvenir mélancolique
M'a filé la colique
Et comme un alcoolique
Je bois.
Etranges sont nos cavalcades
Nos froides mascarades
Ses larmes en cascades
Pour toi.
Mais pourrait-on vivre autrement
Comme Lautréamont
Dans un enfermement
De soi.
L'alcool lave les écorchures
Le sang sur nos mouchoirs,
Nous conduit sur un char
De soie.
Soyons honnête avec nous même
Dans le cou des étoiles
Enfin tombe le voile
Et moi.
Narguant une dernière fois
Les anges indigestes
Je rassemble mes restes
Et fuis
Avalant des bouchées de nuit
Sans me rassasier
Je détruis casanier
Ma vie.
Ghislaine de
Menten de Horne, La jeune Parque, 1935
L’harmonie de votre être est brisée de conscience
Et sa chute nouvelle a rompu l’insouciance.
Car vous êtes soudain devenue le miroir
De vous-même, et vos mains s’agitent sans vous voir.
La morsure de l’autre a rendu votre vue
Double, ambiguë et belle de vie qui se cherche ;
Dans l’opaque du ciel que vous contemplez nue,
Dans le bleu des embruns qui balance vos mèches.
Des larmes meurent sur votre corps étranger ;
Des pleurs roulent alors sans les avoir pleurés.
Des mots jaillissent forts de cet enfantement,
Des mots et des questions sortent d’un sifflement
Insidieux, tournoyant comme une fête fauve.
Un feu fixe et mouvant file, à la tête chauve.
Et vous suivez l’intrus sans être l’instrument
De votre volonté cédant aux pas pressants
De la curiosité.
Qui gouverne ce moi ?
Si ce n’était vous-même mais sous d’autres lois,
Engendrées par vous-même sous couvert d’un songe,
Pétri de sa grandeur d’universelle éponge,
Ecumante de moi, poreuse de sagesse,
Alléchante en ce cœur couronné de détresse ?
Alors la faim t’entraîne et soulève des voiles
Jusqu’alors inconnues qui s’enflent et te dévoilent.
La liane de ton corps s’étend vers le soleil
Aveugle qui te berce et te tend ses merveilles ;
Ton plaisir se conçoit du contact éternel
D’éléments ajustés à ta symbiose belle,
A la lumière fleuve déversant son souffle.
Synesthésie brutale où la mort se camoufle.
Mais déployant ta force et ton agilité,
Tu t’arraches sans heurs à sa brutalité.
Mais revoilà le doute... et la vie qui retombe.
De quel écho sinistre votre être se plombe ?
Sur quelle quête absurde vous voilà penchée ?
La dissonance belle de mortalité.
Ah ! l’appel de la tombe embrumé de fantasme,
Du repos de vos faims, de vos joies, de vos spasmes,
Ballant vos bras rompus à combler votre absence ;
La volonté perdue dans son double silence.
Deux mille huit sonne comme un renoncement…
Tu goberas demain et ma joie et ma peine
Quand nos destins fatals s’en iront doucement
S’éclipsant l’un de l’autre en une étreinte blême.
La tristesse s’attire et l’union de deux êtres,
Parfois n’est qu’un mensonge quoi qu’ils en laissent paraître...
Un effet de miroir où chacun débroussaille
Dans un vague reflet le passé qui l’assaille
Oui ce n’est que cela le soi-disant amour :
Trouver un peu de soi dans celles qui nous entourent !
Mais je n’ai jamais bien compris, moi, ce besoin d’ivresse,
De ne plus être soi, de s’oublier en somme,
De lentement se fondre sous une caresse,
De renoncer souvent à ce qui fait de nous des hommes.
Les élans les plus purs sont de pâles squelettes
Que la vie redondante assomme à l’aveuglette
Et ceux qui ont aimé ont l’œil fier et fragile
Les mains fanées, le corps cassé, le cœur humide.
Ils oscillent entre l’amour et l’amertume.
De leur être s’élève une offense insensée,
Tu les verras pleurer pour rien, un simple rhume
Ou chanter à voix basse des airs surannés.
Quelles infirmités les poussent à fouiller
Leur passé poussiéreux, à vivre d’espérances ?
Ils se disent humiliés et la lèvre mouillée
Ils vont, viennent et se saoulent de leurs errances.
Mais moi je ne suis pas de ceux qui renoncent facilement
Tu goberas demain, et ma joie et ma peine
Quand nos destins fatals s’en iront promptement
Se fondre l’un à l’autre en une étreinte blême.
© Damien Hirst, Away from the Flock
(1997)
Hier soir j’ai haï la Lune le miroir
Les tanières dans les casses-autos
L’infidèle les aïeux
(Ecoutez encore les pleurs comme des feux de broussaille)
Nous restons liés à l’écran
Et les rats jouent à la roulette :
Au coin de la rue un casino-télévisé annonce
Gains et retraites.
Ce soir il semble au vent le citron d’un souvenir
L’acidité sur la langue
Délires délient sexes
Et la parole
L’éclair par mégarde
Le mot de passe absent :
Un digicode pour ouvrir les yeux.
Ce soir j’ai haï la Lune et tout ce que j’étais.
Les chemises à l’usure ne se reposent plus
Chaque soir apprendre
A se noyer
Dans le sommeil
Chaque verre est une roulette russe
Au milieu de la rose
La guêpe guette les miettes
Des biscuits de la corruption :
L’esclavage des enfants
Débute dans un magasin de jouets.
Epuisé alors que les rats
Mordent encore à l’hameçon
Les descendances sont la permission
De guerres nucléaires.
© Vedrana Donic'
La musique se veut désormais salvatrice
Le souvenir sauve ces visages
Et leur nom…
J’aime la résonance de leur vie
En moi – en moi qui suis encore et toujours là
Parmi moi, dans moi
Aspirant à la bouche de mes présences
Je mange, manque de choses nouvelles
Elles me dérangent, manquent à leur ombre propre
Le lointain s’affirme étrange, con, cruel
Et à son goût j’aspire encore pour un temps
Conque à la mer se sacrifiant à la distance
J’érige une statue à ré offrir sans cesse
À l’alliance atlantique
Pour remordre ses fesses à l’alliage hystérique
Accomplir la mission de nos chairs consumées
Tenter, tenter, tenter
La chance et ses revers sans but
Penser l’attente, penser
Jusqu’à l’évaporation
Satané rut
Mon poison d’homme en somme altruiste
Qui rêve l’âme et l’animalité
Comblées ensembles d’un seul jet :
Petite mort de ce grand jour !
Extrait de Lignes d'archipel - Poèmes à liens-surr
