
© Üzeyir Lokman Çayci
Doux voilage volé, voilier. Je serai la caresse et le jour,
Je serai la nuée, l’eau qui dort aux pieds, belle ombrée,
Le nu d’arbre qui danse.
Pour la mère et pour les mondes,
Pour elle, dame, je serai
Courbé peut-être un jour, borné
Oserai
Un page agile qui va, clamant la récolte et l’ondée
Un bourdon de l’été qui fredonne, ornerait
Le temps.
J’aurai le jour, l’étang, bâché
J’aimerai la nuit, la poursuite en passant
Près des puits, l’appel au fond
La nuit du vent léger bruissement qui pousse deux étoiles
Le jour la course après le sable, les reflets,
Silhouette vague de rien :
Je te tiens
Couperet, furibond.
Et la furie me prend. La furie. Je prétends, je penche, trébuche,
Envol du sable,
Je crache et coule. Clap.
Minérale
Je suis dans l'été
J'écris debout
les yeux fermés
Peut-être je suis ce qui n'attend pas
Minérale
Pierre immobile
brûlée de soleil
Rocher solide
que la chaleur enveloppe
d’une aura d’air en mouvement
Le feu faisait des étincelles
Blondes, bleues, orangées,
Entre eux, les étrangers
Bavardaient sans savoir
Où la discussion les menait.
Près de la cheminée
Ronronnait la marmite ;
Les bottes, les mitaines
Des voyageurs
Etaient posées en rond
Au dessus du fourneau
Et dans son coin l’enfant
Oubliant ses devoirs
Contemplait ce tableau étrange
Où se mêlaient les êtres et les choses.
A une table, près du poêle
Des vieux fumaient la pipe
Tout en jouant à un jeu compliqué
Que l’enfant ne comprenait pas.
Plus loin, sur le rebord d’une fenêtre
Des jeunes gens parlaient tout bas
Dans un langage
Mélodieux et secret
Que l’enfant ne comprenait pas.
Accoudés au comptoir
De robustes gaillards
Se remplissaient d’immenses verres
Avec des gestes brusques
Que l’enfant ne comprenait pas.
De temps en temps
Chacun des voyageurs
Jetait un coup d’œil furtif sur l’enfant
Et ils croisaient ses yeux
Blonds, bleus, presque orangés,
Ces yeux qu’ils ne comprenaient pas
Mais qui les apaisaient…
