
- Tiens, la pétasse du troisième qui sort son clebs… elle a l’air fatiguée ! A elle, pas de bonjour…Aux collégiens non plus ! Ils m’agacent… avec eux faudrait pas que je laisse mon sac, ils seraient capables de me l’embarquer…C’est onze heures, c’est bizarre que la mémé ne soit pas allée aux commissions, j’attends mon café, moi…Allez, ça défile… ils ont tous l’air pressés…Et puis ces cons ils se ressemblent tous….Faut que je pense à changer de quartier moi…Enfin y’a la petite ici, comment je pourrais lui faire ça ?
Comment c’est arrivé ? Cela n’a plus tellement d’importance. Aujourd’hui, Christian a son monde à lui. Et puis, il ne se fait plus trop d’illusions, on s’habitue à tout.
-Ah ! Ca y est ! Elle arrive, enfin…Merci, Madame Dumas pour le café. Vous allez bien ? Ca va me revigorer un peu, c’est bien meilleur que celui du bistrot d’en face parce que vous seule savez comme je les aime, accompagnés d’une petite pièce…
Christian pose son café par terre, fouille dans son sac et sort sa grille de mots croisés. Tout en noircissant les cases, il regarde les passants. Il aime en même temps scruter leurs visages, leurs visages où il lit comme dans un livre ouvert :
- Un clodo qui fait des mots croisés…On aura tout vu.
Il referme le magazine, c’est l’heure de la petite… il la cherche des yeux, il l’aperçoit toujours de loin.
- Tiens, elle a pas l’air d’humeur aujourd’hui…
L’adolescente s’avance vers Christian et lui lance :
- Alors, toujours le cul par terre !
Il répond :
- Et toi, tu fais toujours la gueule ! c’est quoi cette fois-ci, princesse ?
- Mon père…J’ai eu une sale note en maths, il veut que je prenne des cours le samedi. En plus il m’a chopée en train de fumer un joint…
- T’aurais pas un bout pour ton Cricri ?
- Tu fais chier, j’suis à sec. T’as qu’à taxer tes confrères en face.
- Eux… tu déconnes ! ce sont des parasites, ils tournent qu’à la bière. Ils sont saouls à midi, ils dorment jusqu’à quatre heures et puis ils remettent ça, très peu pour moi…
- Oh mais t’es de la haute maintenant ! Tu fais le difficile.
- Eh ! petite pisseuse tu m’as apporté les bouquins…
- Ouais, je les ai dans mon sac, je comprends pas que tu lises ces conneries, Cricri… ça te sert à quoi ?
- Et toi, pourquoi tu les lis ?
- Très drôle ! moi, j’suis obligée…
- Ben alors, dis-toi que moi aussi.
L’adolescente sort des livres de son sac.
- Tiens, y’a un truc de Saint-Exupéry, un machin de je sais plus qui, tiens voilà Prévert et en peinture, j’ai les lettres de Van Gogh.
- Merci fillette…Tu me dépannerais pas d’un peu de tabac ?
- Tiens, sers-toi…bon faut que j’y aille, j’ai un cours de français avec cette prof merdique.
Une fois l’adolescente partie, Christian feuillette ses livres…Le temps passe…Il s’oublie un peu, il n’a pas envie de penser…de penser à la nuit, à ce soir…Peu à peu, la pénombre envahit la ville. Il prend son barda, se lève, jure : putain de mistral.
Il rôde à travers les rues, cherchant un endroit éclairé pour lire, ni trop peuplé ni trop désert. Des pensées le traversent :
- La nuit, voilà l’ennemie…la petite elle ne sait pas…elle me voit sourire…mais la nuit !
Au moins l’hiver, les centres sont ouverts, mais l’été ! Et avec tous ces saoulards qui débarquent dans le sud en bande…la nuit…si au moins j’avais un chien ou un pote, on se relaierait pour dormir…Cette putain de nuit ! Et encore s’il n’y avait que les flics, ceux là on ne sait pas s’il faut les craindre ou les aimer…Pas de lune en plus…Je vais me poser vers la boîte de nuit, y’a du passage jusqu’à cinq heures ; comme ça au moins, si je me fais taillader on m’entendra gueuler…
Je crois finalement que le cri de foi le plus fondamental reste tout de même le silence.
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Que voulez-vous, les hommes médiocres préfèrent la raison à la vérité!
Que voulez-vous, les hommes à peine moins médiocres que les précédents, préfèrent la beauté à la vérité.
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Est-il un seul homme qui ne respire sans la caution directe de Dieu?
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Le néant n’est qu’un simple petit raté du temps, par la volonté de Dieu.
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L’on ne pourra parler de poésie que le jour où l’on aura épuisé toutes les possibilités du réel.
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Un arbre bruit désespérément: c’est l’affaire linguistique du vent du matin.
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Le ruisseau est certes infiniment miraculeux, et je le sens nettement. Mais en dépit de l’attachement que je lui montre à tous les moments de ma vie, il ne me révélera jamais la fête des nymphes qui se déroule tout le temps à une de ses rives.
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Pour l’instant, la pierre est sous l’effet d’un puissant soporifique (métaphysique(?).
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Combien d’entre nous ne se gênent pas pour survivre lorsque l’un de nos plus chers proches meurt?
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La dernière respiration est préparée en nous de longue date.
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Si l’homme pouvait savoir à l’avance d’une minute uniquement tout ce qui lui surviendra, sa vie deviendrait un enfer. Dieu a fait les choses et il les a bien faites.
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Je jure devant Dieu que le bénéfice sublimissime que je retire à l’écoute d’une chanson d’Oum Koultoum est infiniment plus grand que celui qu’éprouve un milliardaire en dollars qui se délecte d’être aussi riche.
Je jure devant Dieu que le bénéfice sublimissime que je retire à l’écoute d’une chanson d’Oum Koultoum est infiniment plus grand que celui qu’éprouve un roi en se félicitant d’être roi.
Je jure devant Dieu que le bénéfice sublimissime que je retire à l’écoute d’une chanson d’amour d’Oum Koultoum est infiniment plus grand que celui qu’éprouve le plus grand amoureux de l’histoire de l’humanité.
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Parfois, il faut être puissant, pour ne pas utiliser sa force.
À suivre...
Le corps de Juliette était devenu la ville de Roméo. Il promenait son regard sur le paysage, balayait des yeux le lac de sa chevelure, se baladait sur la grande avenue de sa nuque, prenait le temps de déjeuner sur la terrasse de son torse, s’abritait à l’ombre dans son nombril pour y faire une petite sieste, passait la porte du plaisir et en goûtait le fruit velouté, puis il admirait la fontaine.
Ensuite, il prenait un virage à gauche, sillonnait de sa main la courbure de son bassin, visitait lentement, descendait et arrivait à une impasse, infranchissable avec une muraille autour, alors il la survolait et remontait.
Après, il allait poster une lettre de mots doux à l’angle de son oreille, parcourait le tour de son visage en sautillant au-dessus de ses grains de beauté, se désaltérait à la source de ses lèvres pendant que ses doigts lisses coulaient le long du boulevard de ses hanches. Il rebroussait chemin, gravissait la colline de ses omoplates, prenait un grand tournant, grimpait la montagne de ses seins avec sa bouche, arrivait au pic de son téton, en faisait le tour avec sa langue, y reposait sa tête quelques instants, s’y installait enfin de compte, et y dressait son temple.
La journée passait très vite dans cette ville.
