I - De la terrasse
En contrebas les voix plus vives
voudraient porter les particules de lumières
voler comme des vivats de lucioles dans
ce jour italien dont la connaissance noire
me laisse entrevoir le visage
de la mère de ma mère la nuit. Sur la vaste
terrasse les branches me cachent et touchent
la place basse et bruyante. Quel est le vrai :
l’obscur ou la lumière.
II - Papier
On ne défroisse pas un papier
il porte la mémoire perdue et
ses lignes toutes noires y conduisent
désormais. Elles dialoguent entre
le passé et ce qui pourrait être : on
ne défroisse jamais le regret dormant
qui d’ailleurs n’est plus un papier.
III - Jardin
Au seuil de la cabane
sur lequel je n’ai jamais posé
pied, l’ombre gagne, loin de la lune
du jour. J’aurais pu
porter ma propre ombre
sur les monticules
sillonner comme l’eau tout autour
des plants qui se sèment dans le ciel ;
je n’ai jamais été
cette ombre qui s’est vue remplacer
le pêcher de vigne, mais ce qui
fond en moi comme une couleur
qui court et ruisselle, c’est ce
que je me surprends à être, intime
en tout espace, toujours mieux que
moi-même.
Tes yeux planaient sur des nefs de pluie grise,
Peuple d'ouragan et d'océan sans églises.
Tes yeux à la semblance d'un goéland,
Libres et mobiles, blancs.
Beaucoup plus bas, contre l'île, ressacs, marées.
Le capitaine fracasse a déserté le cerisier,
Les crabes rouges, et le cidre doux.
Bien au-delà les papous adorent leur idole,
Pylone de basalte crachant du feu sur le sol.
Au matin dans la clairière,
L'Enfant joue dans la lumière.
// Les cris de Lune //
Sur la pause des mystères
le pas s’élève
déroulant les voiles
des loges statiques
les lances vertiges
réveillent les racines
murmurent
brûlant les commissures
le mot se lèvre
l’antre suspendu
s’égraine volubile
les volutes à la trace
il s’écarquille éclate
ruisselant l’esquisse
la pluie silhouette
évapore l’instant
des souvenirs en marche
Toute chose
est relative
un ciel pourtant léger
peuplé de nuages lourds
ou ton ombre furtive
qui campe depuis des années
au fond de ma tête
Tout n'est qu'illusion
de poids et de valeurs
Et pour s'en convaincre
il suffit
de suivre des yeux
cette armée de fourmis
emporter sur son dos
un pétale immaculé
vers la crasse
des profondeurs
http://lameduseetlerenard.blogspot.com/
© Philippe Cognée, Triptyque "Rome", 2003
A Erico Nogueira lors de mon voyage à Rome.
Prodiges insidieux Sur le plan d’une colline se faufilent
parmi les écumes le théâtre imbibe le sacrifice Les rives
plongent devant la cohue Les fleuves bassinent le pâle reflet
du Triton Les fondations incrustent l’esquif D’une fenêtre
l’exquis cadavre veille les appâts Faux-fuyants faisceaux
spasmes psalmodient lâche farce chavire l’arôme de flacons
fragiles trace en deçà fantasque le chiasme encore des frasques
Millénaire dans le noyau des braises la peau suave aussi couvrent
autant qu’elles ne penchent les cendres Aussi frêles que douces
les lèvres trempent la pierre dans la fleur du mythe Pour peu qu’un
fantôme en cache un autre qu’un mot en révèle un autre l’un et
l’autre précipitent l’exsangue miroir Quelle forme pour quel
crépuscule quel échange pour quelle aurore L’indolence asséchée
dans les ruines, la fontaine peut être transie par la flèche et la perpétuer
d’ennui Endymion écoute la constance du rossignol
7 janvier 2011
Zachary Lusten
J’ai un peu de temps
Sur le bout de mes doigts
Qui s’accroche
Quelques flocons de neige
Sur les lèvres rouges
De l’oubli
Un peu d’eau claire
Sur les paupières
Un lambeau d’aurore
Dans l’iris étoilé
Du regard aimé
Et brisant le silence
Le cri strident
Du petit matin
Dessine l’horizon
Trait hérissé
De l’onde sonore
D’un vague chant intérieur
La mélopée
Enveloppe
La course folle
D’un souvenir lancé au galop
31/06/2010 - Régine Foucault©
Poème extrait du site :
http://www.mondalire.com/mots_
saisir le profil de la fille qui me file entre l'émoi
fébrile la feuille oscille et me grille sous les doigts
ses lignes graciles et son style, ô habile, m'assaillent
dégoupillent la bille qui vrille jusqu'au fond de ma faille
par petits appels de nerfs mes lèvres pêlent,
se rappellent du fier pinceau, appuyé de fièvre;
en fiel d'orfèvre qui fait frontière au réel,
l'instant tue l'intinct et installe le mièvre.
suis-je fou? suis-je fou? suis-je fou? ou fade?
je bave de brèves esquisses qui engluent sa malice,
malheur à mon ardeur, évolue en caprice:
"si tu veux un portrait en splendeur ordonnée,
désarçonner ma torpeur, il faudra te donner!..."
la belle hésite et lévite au dessus du moment
où belzébite crépite, attisée par l'aimant
du désir convulsif qu'elle suscite sans vouloir
s'asservir, lascive, à l'emprise qui vient choir
je veux tout, en ventouse, j'évente tout de la fable...
un avis vit une fois dans l'été d'une histoire,
ravi, il se déploie, sans étais, en lisse toile,
mais toisé par la vis du tord viscéral,
il vibre et avilit l'envie, se plisse et râle.
suis-je fou? suis-je fou? suis-je fou? ou fade?
(on peut fredonner ce texte sur l'air de "I want you" de Bob Dylan, ou pas...)
Commentaire reçu le 08.04.2011 pour le texte "Coïto ergo sum..."
