Il faut grandir
Grandir grandir
Se lancer face contre terre
Creuser plus loin dans l’air avec sa langue
Manger des bruits
Cinq bruits et enclumes par jour
Ou bien par nuit
Pour la sainte santé
Et pour la honte
Et pour les larmes
Un petit peu de brume
Histoire de se perdre
Histoire histoire histoire
De rompre avec ses mains
© Vincent Delhomme, Technique du poing levé
Des jumeaux ou
Du retour de soi-même en son double
Une histoire de shaman ou de fou
... J’ai oublié ...
A force de clarté
A force de vouloir dire
A force de faire le vide
J’épuise le conflit
La friction de mon moi sur le monde
S’amenuise
Je puise dans ma fatigue
Et voudrais sortir du repos
Pour écrire
Il n’y a pas de justification dans ces cris
Juste un décalage suivi
D’une tentative d’adéquation
D‘unité maladive
Dans la durée
L’écriture est l’aboutissement du Narcisse
Celui qui évite la noyade en se figeant dans les mots
Quand la création conjure le pire
C’est Narcisse évitant le désastre
Car pour s’aimer dans l’écriture
Il faut
Pouvoir s’extraire
Des jardins où nos statues errent
Aux imbiblés et beaux débiles ivres du verbe...
A ceux dépassés par leur propre rêve
Et qui ne peuvent plus se contenter d'eux-mêmes
Ni des autres
Et qui sombrent
Et qui glissent
Et s'effondrent de ne rien porter
Car rien ne les porte
Qui ne se fonde
A leur magma !
Monstrueux enfants du déclin
Varice à force de rupture
Inondera de sang nos pieds d’argile
Cruauté seule abstraite à
L’écoute de nos silences
Improbables
Nous communiquerons pour le bien de nos races
Insensibles à la grande question
D’après le vide
D’après le grand rien
Qui ronge – enfants
Nos sommeils
Et nos rêves sans suite
J’ai cru un jour
Pouvoir dire à mon père
Mes rêves d’enfant
J’ai creusé mon départ de mes trente-deux dents
Acharné
Sans démordre
Et les deux pieds sur terre
Mais la tête on sait pas trop
Où elle peut se perdre
Alors un soir
On creuse un grand trou
Et on la met dedans
Et on poursuit ses pieds
Jusqu’à l’autre trou
Bien plus grand
Que d’autres auront creusé
Pour nous
Six pieds sous terre
Là où les pissenlits
Cette écume de verge verte
Au beau sillage de sa croupe
Étend sa trame tel un poulpe
À ma sirène aux mains offertes.
Nous naviguons, là, sur la crête
De ces fantasmes qui me coupent,
Entre ses hanches qui chaloupent,
Hurlant de leurs foudres muettes ;
La blanche ivresse de nos âges
Jouissance amère et sans partage
Jusqu’au beau zénith de son cul ;
Belle amplitude qui me voile
Ce trop d’essences sans dessus,
Ce jour nouveau qui nous dévoile.
Une construction qui me
Tiendrait tête dans le seau humain
Une obligeance envers moi-même
Une préférence pour la crucifixion
-------Heureuse
Qu’on se déhanche pour
Subvenir à la curée
Qu’on contractualise nos rêves
En heurtant sur des troncs nos bras gantés de blanc
Catégorisons la nuée sous son venin
Écumons les oracles de peu d’horizon
-----Et venons-en aux mains !
À la courte paille tirons celle qui sera tranchée !
La hache se prépare à souiller le voleur
Le jeu que demain ne fera pas vainqueur
Subodore à l’odeur la rage de ses reins
La teinte du corps se répandra de gris
Sur les lignes autrefois
Infécondes germera
Des choses
Des choses d’entropie majeure
Belles comme l’hybride d’un rat
------Et d’une rose
Symbiose d’invécu
Surmontée du sceptre au charisme vengeur -
Le sceptre et sa mycose d’avoir
Trop voulu se frotter au sexe
Ce divin diviseur de races
Qui de folie féconda l’océan
Car il faudra s’épancher dans l’ombre
Découvrant le résidu de ses contours
Comme perdus par l’aura morte de sa chance -
Confiance sans nombre aux attentes du vent
Qui versera sans trop en faire
Les valses folles - surnuméraires
En trombes de vaches urinant
Sur le monde jusqu’au
------Débordement
Je me veux de mon temps et gerbe sur la raison !
Il n’aime pas son temps mais voudrait tant aimer -
Il s’efforce à souffler les braises du charnier
---------Qu’on se souvienne !
Qu’on rappelle au bipède sa position
Jusqu’à l’humble plaisir de marcher sur les mains
Joignant à nos pieds nus leur coordination
Bancale - Réapprenons la joie du feu
L’incandescence des premiers lieux
La marée d’embryons convulsés de vie
Qui s’acharnait à essaimer la terre
Ferme d’un pied qui existera dans des milliards de corps -
---Plus tard -
-------Bien plus tard
Urvarà
Dans tes pages
Comme en un rêve concentrique
Misère et beauté de l’arbre
Qui penche au‐dessus du vide
Désordre des branches
Comme quand des milliers de bras
Arborent l’essence – tendus
Vers le haut – brûlure
L’ombre miroir du haut
Equivalence souterraine
Symétrie de la double tension
Sa réciprocité
Sa circulation
Odeur de sève
La vie qui coule lente
Et la conjugaison des feuilles
Le changement qu’on ne voit pas
Puis la terre
L’impact en terre creuse
Du déferlement des eaux
L’attente qui pousse
Le temps qui passe
Urvarà
Ton histoire
Comme en un rêve concentrique
J’entrouvre enfin mes yeux
Je laisse l’air s’enfuir
Je respire en ton nom
Et laisse l’air venir
Repartir
Revenir
Repartir
J’oublie dans la respiration du monde
Le sacrifice du souffle coupé
La douleur de la table rase
Les larmes qui déroulent
Et s’effacent à l’orée
Du désert
Urvarà
Ta mémoire
Ancrée dans un sommeil de pierre
