“Hello, my love I heard a kiss from you
Red magic satin playing near, too
All through the morning rain
I gaze - the sun doesn't shine -
Rainbows and waterfalls run through my mind”
“Strawberry letter 23”, Shuggie Otis
à … N. A.
Une petite araignée au grand cœur
S’était égarée en plein marécage.
Surgit de nulle part un drôle, l’air hâbleur,
Démarche chaloupée, beau et sauvage.
La petite est émue : s’offre à goûter
A cette bête inconnue dont l’immense bouche
Déjà s’ouvre : « Quels beaux yeux, de toute beauté ! »
Belle araignée au cœur fêlé, prend garde – à la rengaine bullée par le bel inconnu -
Tout plaisir, fredonne l’air, n’est pas bon
A prendre ! L’écervelée se hasarde
A humer ce vin nouveau ; un litron
Suffit à l’enivrer…Sur la carte du Tendre
Elle s’abandonne, ses filets, et c’est nue
Qu’elle rougit, s’oublie, semblant mécomprendre
Que la route vers la joie s’encombre d’urubus,
Masqués de fer, tel cet ornithorynque
A l’ego de pierres lancées, qui ébranle,
Et pille, les ombres trop pâles, celles qui trinquent
L’eau trouble des mots en l’air. Lecteur, prend-le
Pour toi, pour tous ceux qui toussent à la minque,
Maudissant Indifférence en vaine criée ;
Ainsi nos lèvres se mouillent d’un beau mensonge,
Chaque cœur agite une araignée sans filet,
Chaque heure suffoque son regret qui la ronge.
Fatiha Cherdoudi
Prenant le large et un faux air de lune,
Tambours battants presque nuit le pavé,
Deux saltimbanques, souriants, bariolés,
Frôlent les épaules et les nuques brunes.
Leurs belles boucles ne mordent pas la poussière ;
Leurs sourires cajuns balaient d’un revers demain,
Leurs ailes poussent les grilles des jardins éphémères ;
Dans le ciel noir brille l’oiseau-trapèze urbain
Se balance au son percussions ... Ils s’élancent,
Ces anges déchirant le silence, le ciel ! - Phares
Illuminant les corps inertes, les cœurs rances !
Nous avions perdus joie. Les étoiles barbares
Piquaient mon cœur… Tandis que les anges du Transe
Passent, je renais par le plus grand des hasards ...
Grenoble, joli mois de mai 2011
Départ sur les chapeaux de roues
Quito n’a plus son visage d’Ange
Une Flèche brûle entre nous
Et Le soleil brise ses phalanges
Sur le pick-up qui m’emmène loin
Des souvenirs proches des enfers
Et fumer me rappelle moins
L’image jaunie par la poussière
J’ai les épaules glacées solides
L’œil sec du joyeux vagabond
Rêves de joyaux au baluchon
J’ai les amours glacées pas solides
Oublie oublie-moi joli(e)
En tirant la langue aux arcs-en-ciel
Cinq doigts d’honneurs épouvantails
Mouchent les étoiles à la chandelle
Et la main quelquefois canaille
Pleure pas mon cœur t’es dans mon cœur
Accords mineurs sur ma guitare
Cinq doigts d’amour brûlent mes erreurs
Sourire de singe vert au miroir
Oublie oublie-moi joli(e)
Clope au vent mèche en dentelle
L’espoir fait rire les vautours nus
Et danser les occasionnelles
Etreintes chinoises de pendus
Oh les beaux jours filent et défilent
Sur le stéréoscope des nues
Eldorado hors des idylles
Coussins d’ange ou d’orage en vue
Je veux des heures des océans
J’ai mon baluchon plein de rêves
J’avais plein d’amour dans le temps
Puis m’acquitter de mes vieux rêves
Le pick-up touchera l’océan
Libre je plongerai tête la première
Le pick-up rouillé brûlant
Brouillant tes yeux éteints et fiers
Adieu radieux triste joli(e)
Les jours bleu nuit sont dépassés
Claque la serrure du Paradis
Brûle ma soif d’immense été.
Oublie oublie-moi joli(e)
Du pain noir Baudelaire sont tes sonnets lancés
Du haut des tours maudites auxquelles on m’abandonne,
Corsaire sur trottoirs, le soleil effaré
Se tait, l’œil gyrophare, ici le ciel s’étonne.
Ma Babel n’est pas belle, parpaing béton armé,
Titis sur le pavé, tristes étés aphones,
Micros tendus on crie : « La Banlieue a brûlé ! »,
Des titans sont armés, ils retournent la zone,
Soufflent nos faux papiers : « Volés sont vos yeux vairs ! »,
Nos routes effacées… et les vieux, dos courbés,
Ravalent leurs jeunes années dans le vieil air
Insane, et ma banlieue, à un milliard de lieues
Du chemin damascé, se consume en enfer,
Feux des prolégomènes à la saison passée.
– Grenoble, décembre 2010 –
« Comme un éclat de rire
Vient consoler tristesse »
Damien Saez
Triste archange au paradis des fous
Voilà que nos chants tes cris secouent
Nos braises frayeurs fragiles en chacun
Regrets faussement éteints vivants chagrins
Méchantes sont les heures perdues de chemins en chemins
Tes poèmes pleurent le picaro humain
Ses rêves goulus qui brûlent son gosier chaque nuit
Et ses amours violentes à brûle-pourpoint
Sa voix étranglée par les treize coups de minuit
Cette Méchante que tu nommes putain de belle vie
Vos voyelles mutantes les colorées
Ne sont pas à vendre
Ne cesses-tu de nous rappeler
Nos voyelles, lettres frêles égarées dans le ventre du serpent alphabet, moins extravagantes
Sont à retordre à sophistiquer
Mouillées d’un alcool frondeur dans un savant désordre
Insignifiant anonyme On fait bander sa plume Mouiller la rime Enfin, fuir
Le réel
Et jouir quelquefois,
Et l’on zigzague Divague En vogue La vague A l’âme
Attendant L’ascension L’échafaud Direction l’Eternel
Tu sais moi j’ai les ailes exténuées déjà
Un rien de poésie à r’cracher sous la nuée tu vois
Et j’imagine déjà l’épitaphe Mélancolie sous l’oranger surplombant ma stèle
A faire grincer l’étoile qui palpite dans tes flammes
A Toi l’angelot grand diable d’écorché
Ton lamento se répand sur nos ombres qui clopinent sur le pavé
– lavé, l’extérieur nuit, luit –
Brillent les mirettes tende l’oreille à ta musique jets de pierres en poésie
Toi le poète le crieur le loup, résistant l’ancien l’afghan est mort comme son souvenir en chanson sa petite histoire
Va s’échouant en
Harakiri dans l’enfer des caniveaux
Trou noir et béant, bénissons d’avance nos mémoires
Bouche-bée, et
En chansons ou en talons
Gosier rougis par les pas perdus des femmes errantes, au
Gosier rougis par les treize coups de minuit
Et ta voix, l’ange
Pendant que les vers de baisers mangent nos mines tragiques
Rend au poing levé sa dignité qu’on a vite fait d’enterrer
Dans nos estomacs terreux, un rien cyniques
Vois-tu mon Ange ce qui me dérange
C’est l’insupportable couleur de la douleur
La mienne nourrie des leurs
A ceux-là les pourris les gueules safranées
Grimaces muettes farandoles macabres télévisuées aussi vite enterrées
- Guerre salope est la paix ses artefacts sans cesse rideau rouge mille fois levé -
Comédies du Vertige au métronome exact
Armes de destructions massives comme milliards de bénéfices en fumée
Mais nos petits intérieurs repus de quelques vertus sont peuples de mignons, grouillant de vices, je sais
Vas-y court sur ma paume comme un cancrelat toi
Ligne ensanglantée, court, et
La courbe équateur fait goguenard le tour de mon coeur
Et repart à la lune
Et coule ma douleur
Et tourne ma fortune
Et qui toussote croit étouffer le cri pâteux du chien humain
Mais l’ange est vaillant, à ses heures, poète veillant au grain
Au seuil céleste du grand départ pour l’autre bagne
Donne à la vermine impatiente à bouffer des vers
Car la mort parfois promet d’être moins amère
S’écrit-on en prières en oasis de Cocagne
Si je ferme les yeux bien forts sans doute ferais-je moins la fière
Dormeuse rêveillée quelle que soit ma patrie je consomme du sommeil noir
Et de la hargne
Poings d’ironie points de suspension
En suspension
Moderne
Comme l’homme-oiseau mon frère dantesque et noir qui ne s’envole qu’en pensée de son triste territoire
Photogénie grotesque de ce mémorable irakien qui me hanterait presque
Quelle que soit ma nuit mes pensées fument en sommeil ivoire
Vas-y bel ange défonce ta voix quant à moi je reprends anonyme ton refrain
J’ouvre grand mes yeux chimères bleues
Et lève ma plume à la dignité de mes frères chiens
Anonymes monstrueux aux culs défoncés à faire pleurer Dieu
Et faire vomir encore quelques bardamus humains
M’agrippant loin de toute pudeur toxique à ton auréole mélancolique
Nos voyelles mutantes les colorées
Ne sont pas à vendre
Pour les anges égarés saltimbanques fêlés
Autres Cracheurs d’encre Horlas perdus Fauteurs d’Art Craché
Saez
N’aie de cesse de crier
Distraite dit-on de moi, chose acquise qu’il m’arrive bon an mal an de manquer à l’appel…Présence en pointillés et voilà que mes yeux s’écarquillent en bubble-gum soufflés, grand œufs d’esturgeon clair qui font exploser la paupière, zip-zap fluorescent…Mes doigts sacrément nerveux glissent sur les rails tout en cherchant un numéro à composer sur la ligne du tram A - Fountain, L.A., Poe A ., vitre collée sur le nez, je m’englue dans mes deux-trois incertitudes du jour…et pas de réponse… heureusement un livre est là, défilant de pages en pages…
Littérature méphistophélaire plein les neurones à défaut de couilles ou d’estomac, c’est avec grand peine que je lève le nez de mon nombril invisible. Ultime effort de sociabilité, assez réussi par ailleurs, je hoche la tête lorsqu’une âme assez quelconque surgis de nulle part – respiration moisie, lèvre hirsute, voix karaokée - me crache son profond dégoût des gens qui nous entourent. Quand à moi, heureuse qu’elle n’ait pas remarqué les ondulations sporadiques de mon front sur la vitre, tremblante, dégoulinante de sueur – peu importe, je m’éponge avec une page facilement arrachée du livre – je continue les amabilités d’usage en pianotant sur mon ventre grimaçant.
Décidément cette brave rombière m’importune. C’est malgré moi que je prends, tremblante, un air fiévreux ou rêveur – je ne sais plus car tout va trop vite – j’interromps sa logorrhée nauséabonde en fermant les yeux. Outrée, le bec cloué à la ramasse, elle refait les lacets de ses souliers, talons trois centimètres qui lui serviront dans trois minutes à me démolir les rotules. Encore une fois tout cela n’a vraiment pas d’importance. Modifiant momentanément mon itinéraire – car il est hors de question que j’abandonne la destination Poe A. – je décide de me traîner tant bien que mal vers l’extérieur, au niveau de la station Cargo.
Et dans ma précipitation d’échapper à cette situation somme toute peu agréable, s’agite le souhait profond et sincère que ma main sur le cœur laisse une petite trace rouge dans l’esprit des passagers restés cois.
Tramway A, gorge profonde qui s’ouvre ventre à l’air sur les quais, jamais repu de gueules byzantines et d’oreilles inquiètes, chien aux abois tu n’aboies pas, caravane lasse...
Hep hep ! Papillons improvisés, mes mains calcifères agrippent alors le premier vol d’insectes pseudo-aquatiques qui vient à passer par là, « Hep hep hep attendez-moi », les forçant à faire leur la rengaine qui est mienne… « Savez-vous beaux anthracites que mon cœur s’emballe une fois toutes les autres fois, battant la mesure de vos battements d’ailes encore chauds, et si je m’emporte quelquefois c’est à cause des claquements de porte sur deux de mes quelques heures heureuses, douleur qui ne m’oublie pas, m’enserrant de toute sa force, alors même que vos mouvements mille fois répétés demeurent imperturbables. »
Quelques heures plus tard, une équipe d’experts effectuaient des prélèvements sur ce même quai où l’on avait aperçu pour la dernière fois le poisson rouge qui avait fortement perturbé, par son étrange plongeon entre rails et ciel, la sérénité des voyageurs du tram A en ce jour de grande affluence.
Qui n’a jamais rêvé, de sons céruléens,
D’initiales en trois B, tatouées sur sa nuque
Et d’onomatopées, bouche en iris – caduque
Ou lyre mijorée, Eve Muse au jardin.
Doigt sur les mots zébrés, ciels arachnéens,
Voix sous la peau miellée, en silence le Juke
Box des soupirs d’Orphée, pluie sans fin sur ma nuque
Ravin, boucles dorées, – loin – l’ivraie, taf, deschien.
Ah ! Langue se délie, au plus offrant, rebelle
Griffe blanche alanguie, sonnet sombre en amour
Qu’on efface à la craie, tableau d’ombres babelles
Discours à la criée, des leurres sensuels
M’ offrande à la becquée, mots d’oiseaux ritournelles
Que môme j’écoutais, figeant l’amour - dolour.
