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Manège Paul Munhoven                                                                                © Photo : Paul Munhoven


 

Entre eux, les mots n’existent plus.

Les mots sont devenus impuissants à décrire la situation dans laquelle ils se trouvent désormais.

Lui, demande à nouveau à boire ; elle, allume une cigarette. Ils voudraient fuir ce silence, avec des mots, n’importe lesquels, ceux des autres, si communs, comme à la télé, mais fuir. Ce qu’il y avait à dire, ils l’ont dit… mal, c’est vrai, mais que dire de plus ?

Voilà qu’ils se sont tus. A présent, il faut à tout prix décentrer le décor, la discussion d’eux-mêmes, faire comme si de rien n’était, ne plus penser.

C’est étrange. L’homme ne perd pas une miette de l’agitation qui les entoure, eux, si discrets, ponctuant à voix basse chacune de leurs phrases, tandis que, tout autour, les consommateurs semblent comme aspirés dans un tourbillon d’excitation, d’excentricité, d’alcool et de musique…

La soirée commence à peine. Voilà que maintenant tout les sépare. Un gouffre de non-dits s’est installé… Il ne faut pas se quitter là-dessus… Mimer un avenir commun, essayer d’instaurer une complicité factice, une dernière fois, une dernière fois....

Pourtant… Il n’y a rien à quoi ils puissent se raccrocher ici : ni la musique, ni l’alcool, ni la foule des fêtards… Rien !

Elle regarde par la vitre les passants emmitouflés dans leurs manteaux ; lui, assis de côté, suit d’un air faussement intéressé les informations sur le poste de télé. Il attend le moment propice pour fuir, mal à l’aise, redoutant cet instant… Sans doute l’a-t-il toujours redouté. Il n’a jamais su quoi dire dans ce genre de circonstances, ni comment s’y prendre…

Faut-il lui donner un dernier baiser ?

C’est elle qui brise le silence.

Enfin elle a trouvé ! Elle a trouvé ce sujet de discussion qui les rapprocherait à nouveau, qui créerait une intimité.

D’une voix ingénue elle dit :

-          Tiens, regarde. Il neige !

L’homme se retourne et aperçoit des milliers de flocons, comme de petits grains de beauté sur le visage de la nuit, envahir le ciel. Il s’engouffre dans ce détail : la neige… Tout le monde aime la neige ! c’est beau la neige ! c’est des souvenirs d’enfant, la neige ! La neige ! C’est l’occasion de faire renaître les mots à nouveau, sans risque… La neige, c’est ne plus parler d’eux, c’est regarder et se taire, partager quelque chose, un même sentiment d’émerveillement… Une dernière fois ! La neige…

C’est leur dernière chance.

Il la laisse poursuivre, il sent qu’elle a besoin de parler, de parler d’elle, de se dévoiler, peut-être pour lui montrer celle qu’il perd en la quittant :

-          Tu sais, quand j’étais petite…

Et elle parle de son enfance, de ces matins où elle s’éveillait et que dehors tous les immeubles étaient recouverts d’un bonnet blanc, des après-midi de luge avec son père, des soirées passées au coin du feu à faire sécher ses mitaines et ses petites chaussettes de laine.

Mais, plus elle parle, plus les mots, les souvenirs, malgré lui, l’agacent. Il la regarde, elle, si quelconque, et il n’en est que plus irrité.

Il songe… Pourquoi faut-il toujours que les gens, inlassablement, ne vivent que de clichés ! Toujours les mêmes anecdotes sur tout et en particulier sur la neige. La neige c’est beau… Mais n’est-ce pas pour la seule raison qu’elle est rare… Et, qu’a-t-on fait de la neige ? On l’a socialisée dans des stations de ski ! Même la neige qui n’était qu’un simple plaisir des yeux est devenue utile, pétrole blanc, produit de consommation… Apprivoisée ! Moi, j’en ai bouffé de la neige. Les voitures bloquées ! Les heures à attendre le bus… les retards à l’école… les vêtements humides, les chaussures pleines de flotte pendant les leçons. Pire ! les pannes de courant, les nuits passées dans la grange après l’effondrement du toit… Et ces dimanches à déneiger le chemin de terre devant la ferme. La neige ! Une attraction urbaine !

Malgré ça, il la laisse poursuivre… Pourquoi lui cracher tout ça maintenant ? Ça n’a plus d’importance… Ce n’est pas de sa faute à elle. Et puis, elle dégage quelque chose d’attendrissant. Au fond, on dirait que ses souvenirs ressemblent étrangement à des cartes postales d’une autre époque. Elle s’attache à décrire minutieusement, avec ses mots maladroits, un petit carrousel sous la neige, la première fois qu’elle a vu tomber des flocons et qu’elle s’était écriée :

-          Maman, pleut fleurs…

Au fond, ce qu’elle aime, c’est la voir tomber, sentir sur sa main moite disparaître un flocon minuscule, venu d’on ne sait où, d’en haut, de loin, et elle trouve ça triste que ces millions de pétales blancs fassent une course folle pour s’en venir mourir sur l’asphalte ou dans les cheveux des passants. L’homme, à son tour, a envie de dire quelque chose de rassurant, de raisonné, quelque chose d’un peu poétique, sans doute pour exorciser son passé de paysan… Toujours, depuis la Fac, il a fui ses origines, se servant du langage comme d’un faire valoir :

-          Tu sais, je crois que les actes que nous accomplissons dans nos vies sont semblables à ces flocons de neige, on a l’impression qu’ils disparaissent, parce qu’ils ne sont plus visibles, mais en réalité, la somme de tous ces actes, à notre insu, laisse dans nos vies, comme les pas dans la neige, une empreinte.

La femme ne comprend pas, elle ne cherche pas à comprendre… Pourquoi philosopher toujours ? C’est triste. L’homme se montre différent pour lui plaire, ne se doutant pas qu’au fond ce qu’elle aime chez lui ce sont ses origines modestes.

Elle replonge dans ses pensées.

La neige. C’est vrai que c’est un peu enfantin comme spectacle, mais que peut-elle y faire, elle, si ce spectacle, à l’instar de la grande musique pour certains, la touche jusqu’à l’émouvoir. « Qu’importe la cause de nos émotions, songe-telle, seule l’émotion compte ». Elle veut le lui dire, elle n’en fait rien. Lui, continue à jouer avec son briquet… La neige n’a pas suffi à relancer la discussion, trop de choses ont été dites ou pas assez… On dirait que les mots que tous deux ont sur le coeur, pareils à ces flocons sur le sol, s’en viennent mourir aux bords de leurs lèvres.

Pourtant, l’homme recommence à parler comme un livre :

-            En vérité, je crois que la neige porte en elle, comme un objet qui nous est cher, une multitude de souvenirs. Ces souvenirs, se manifestent soudain, montent en nous, apportant dans leurs bagages toute une ribambelle d’émotions à la fois nostalgiques et rassurantes. Si le spectacle nous émeut, c’est que nous avons déjà vu la représentation. Voir tomber la neige, c’est écouter une ancienne chanson venue du fin fond de l’enfance frapper à l’improviste à la porte des souvenirs. Et c’est cela qui fait son épaisseur. Un homme n’ayant jamais vu tomber la neige sera sans doute étonné, mais il ne partagera pas avec elle un passé commun. La neige, pour ceux qui l’on déjà croisée, est une étrangère qui égrène, de ça de là, un air qui leur est familier puisque joué sur la portée de leur histoire personnelle.

La femme écoute chacune de ses paroles avec douceur. Mais le silence, impérieusement, reprend ses droits. Si la neige a permis quelques instants une illusoire discussion, elle n’était pas de taille face aux sentiments épars qui les rongent de l’intérieur, si bien que tous deux ne peuvent qu’écouter, déconcertés, l’orchestre de leur cœur.

Ils sont là, immobiles, les lèvres cadenassées, n’osant donner à cette scène l’ultime réplique.

Et ils ne se doutent encore de rien…

Peu importe leur vie future, leur destin et leur avenir, peu importe que l’homme courre à perdre haleine vers une autre histoire, que la femme sanglote des heures dans sa chambre… Peu importe qu’ils se remettent ensemble, ce qu’ils bâtiront par la suite et tout le reste…

Désormais, le moindre petit flocon de neige portera l’empreinte du souvenir confus de cette soirée de décembre où ils se sont quittés.

 


Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 15:21
- Par Yiannis Lhermet - Communauté : le texte voyageur - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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Le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale votait un texte abolissant la peine de mort en France, mettant ainsi un terme à des siècles d’exécutions. A l’occasion du 30e anniversaire de l’abolition, cet ouvrage invite à redécouvrir l’histoire complexe de la peine capitale ainsi que les destins tragiques de trente condamnés. Dans un premier temps, ce livre propose une approche historique de la peine de mort avec la fin de la torture, suite à la Révolution Française, les prémices du courant abolitionniste, la mise en place de la guillotine, mais aussi le parcours des condamnés et la vie singulière des familles de bourreaux. Dans un second temps, l’ouvrage présente les histoires de trente condamnés. Une narration vive et documentée relate les crimes et derniers jours de ces hommes et femmes. Ce plongeon au coeur de moments décisifs de l’histoire, permet de mieux connaître les bandits Emile Buisson et Ravachol dit “l’anarchiste”, mais aussi d’escorter jusqu’à l’échafaud Robespierre ou Lacenaire. Un style bref et haletant fait ressurgir du passé les crimes sordides de Landru, le “Barbe Bleue” de Gambais, ou de Joseph Vacher, “l'Éventreur”. Des héros de guerre exécutés froidement aux criminels barbares, en passant par la très médiatique affaire Ranucci, ces trente récits vous couperont… le souffle !

 

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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 11:06
- Par Yiannis Lhermet - Communauté : vos poèmes - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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RRRRIIEEENNN

 

- Enfin seule… soupire-t-elle, posée douillettement sur son canapé, lisant un roman à l’eau de rose, profitant de cette soirée.

Ses filles sont chez mamie ; lui ne rentre pas, il rejoint dans un bar quelques amis.

- Cela fait bien trois semaines que je n’ai pas eu un moment à moi !

Elle zyeute autour d’elle.

Tout est calme.

Furtivement, à pas de loup, comme si quelqu’un pouvait la surprendre, elle va chercher une glace au frigo.

Elle se rassoit, étend ses jambes sur la table basse, pousse un soupir...

Elle tombe de sommeil…

Aller dormir ?

Puis quoi encore !

Pour une fois qu’elle a la maison pour elle !

Le téléphone sonne. Elle souffle de dépit :

- Pas moyen d’être tranquille, ça doit être lui, encore, je l’entends d’ici :

«  Allô ! Ma chérie, euh ! C’est juste pour te dire de ne pas t’inquiéter, je rentrerai plus tard que prévu… Je t ‘aime… »

Paresseusement elle se lève, va jusqu’au téléphone, décroche.

Une voix inconnue de femme :

- Bonsoir…Madame…

Elle est surprise…il est tard…Son pouls s’accélère un peu, instinctivement, ses mains serrent le téléphone, elle se ressaisit :

- Oui c’est moi…

La phrase tombe :

- C’est l’hôpital Chançot…

Son corps se raidit, elle ne sent plus ses jambes, elle sent sur sa nuque un poids immense, elle ne peut parler, sa gorge est sèche soudain, elle ne comprend pas encore pourtant ce qui se passe, elle articule difficilement :

- Oui, c’est pourquoi ?

Pas plus. Les  mots ne lui viennent pas…

L’autre est calme, elle dit

- Je suis désolée mais…

Les mots résonnent, sa peur prend forme, elle attend, elle sait déjà…

- Votre mari a eu un accident…

C’est dit.

Les mots.

Ceux de tous les jours qu’on entend aux infos, qui d’habitude ne l’atteignent pas, prennent maintenant leur indicible valeur.

 Ces mots inoffensifs qui sortent de la nuit pour devenir atrocement eux-mêmes.

Elle n’en veut pas.

Elle sent monter en elle une haine profonde pour ces mots et celle qui les a fait entrer de force dans sa vie. Alors elle les combat avec d’autres mots, des mots à elle, plus forts, plus justes, indestructibles.

- C’est une erreur ! C’est impossible ! Enfin…Comment ? Qu’est-ce que vous dites…

Mais l’autre se défend, elle ne lâche pas prise :

- Je suis navrée, Madame… pouvez-vous vous rendre sur place ?

Elle ne maîtrise plus ses mots,  ils sortent de sa bouche :

- C’est grave…Que s’est-il passé, il va bien ?

L’autre, l’ennemie, ne veut rien dire :

- Il faut que vous veniez, on s’occupera de vous sur place, les médecins vous en diront plus.

- Je viens tout de suite…

Elle raccroche.

Elle n’est plus elle-même, elle cherche ses clés, puis se rend compte qu’elle n’est pas habillée, elle se trouve moche dans la glace...Il faut qu’elle appelle, mais qui ? Pourquoi ? Elle est seule : son regard fixe la glace fondue sur la table, nettoyer ? Non ! S’habiller, que s’est-il passé ? La voiture, les clés, tout s’embrouille…

Une fois dans la voiture ses mains agrippent le volant, elles sont humides, elle les essuie sur son pantalon.

- Ils ne m’ont rien dit, pourquoi ? Me rassurer ? Pourquoi ne m’ont-ils rien dit ?

 Tout va trop vite.

- Il ne roule pas vite…et si c’était un chauffard qui l’avait renversé…Pourquoi ils ne m’ont rien dit ? Et les enfants ? Pourquoi faut-il que ça m’arrive à moi… Non, la voix était calme, cela ne doit pas être grave…calme ? Peut-être pour ne pas m’affoler. Et il fait quoi devant, lui ? Bouge-toi ! Les enfants…Pourquoi elle ne m’a rien dit.

L’hôpital.

Toujours cette odeur bizarre de médicaments, ces couloirs oranges et brillants, ces infirmières qui papotent comme si de rien n’était, ces gens à moitié endormis sur des sièges…

- Oui, bonsoir… non… mon mari… on m’a prévenue il y a un quart d’heure. Que je me calme ? On ne m’a rien dit…Je  sais pas… Que je m’assoie ? Vous vous fichez de moi ! Quoi ! Un responsable va venir…Que j’arrête de crier ? D’accord, d’accord…

Elle s’assoit.

Elle réalise enfin ce qui se passe…

Les minutes sont insupportables…

Elle fouille dans son sac, cherche à concentrer son attention sur autre chose, comment le pourrait-elle ? Un magazine… Le mariage d’un prince…Qu’est-ce qu’elle en a à foutre ? Elle se lève, tourne en rond, elle est à l’agonie, ne pas savoir est la pire des choses.

Un médecin arrive, il a l’air grave.

 Le silence...

Dans son visage elle ne décèle aucune émotion, il est calme, lui demande de s’asseoir, elle refuse.

Et puis viennent les mots, ces mots qui la déchirent mais qui ne sont pas encore réels :

   « Hémorragie cérébrale…Condoléances… » 

Maintenant le médecin s’est tu, il la regarde sans rien dire…

Que dire pour apaiser un être qui en un

« Hémorragie cérébrale… Condoléances… » 

Maintenant le médecin s’est tu, il la regarde sans rien dire…

Que dire pour apaiser un être qui en un instant a tout perdu ?

Que dire pour combler ce gouffre immense dans lequel il tombe ?

 

Que dire ?

Quand il n’y a rien à dire…

 

Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 18:00
- Par Y.L - Communauté : le texte voyageur - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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mire-pola

 

 

Soudain il ouvre les yeux !

- Vous êtes formidables…Vous êtes sublimes !

Il ne les supporte pas ces jeunes premiers qui ont le charisme d’une huître et qui murmurent des paroles mielleuses, la voix tremblante, les yeux mouillés…

- L’amour, l’amour, ils n’ont que ce mot à la bouche…

Et ces chanteurs qu’on voit depuis vingt ans…dont le seul mérite est de se casser la voix pour faire hurler quelques pisseuses de douze ans…

Lui, qu’est-ce qu’il en a à branler de ça…Après le boulot il rentre, crevé. Et c’est pour voir ces connasses se pavaner en petite tenue.

Et c’est pour voir ces soi-disant intellectuels qu’il ne peut pas encadrer s’asseoir autour d’une table et discuter.

De quoi d’ailleurs ?

Du dernier film de celui-là, du prochain livre de l’autre, de politique…

Plus ils expliquent, plus on n’y comprend rien.

Le costard de droite détruit les arguments du costard de gauche  « à coup de oui mais vous » en quatre-vingt un… vous en quatre-vingt quinze… blablabla et blablabla et blablabla…

Mais qui sont-ils, au fond, ces gens qui font la pluie et le beau temps à la télévision ?

Ils ont chacun leur rôle à y jouer : la potiche sympa, le philosophe et l’autre comique à la noix qui n’est là que pour sortir une vanne, un jeu de mots minable.

Et ça parle au nom de la France !

- Le peuple français veut ceci… il ne supporte pas ça…

Qu’est-ce qu’ils en savent ces cocos ?

Et puis y a les jeux où l’on gagne du pognon avec des questions à la con.

A quoi ça sert de connaître la capitale de la Namibie si on n’y est pas allé ?

De savoir la date de publication des Fleurs du mal si on ne les a pas lues, enfin…

Ceux qui l’énervent le plus ce sont ces parasites qui fleurissent autour des grandes causes, qui n’ont d’existence qu’à travers elles : cette mémère, chanteuse périmée qui lutte contre le sida et puis ce grassouillet qui récolte des pièces…

Ce sont toujours les mêmes phrases : nous avons besoin de vous…

- Oui, mais de nous, qui s’en soucie ?

 Il n’a même plus la force de s’énerver. Il est là, les yeux dans le vide, le pouce qui gigote sur la télécommande.

Les images défilent, les mots ne l’atteignent pas :

- Travailler avec Luc c’était extraordinaire…

- Un attentat sanglant a touché ce matin très tôt le centre de Bagdad… les autorités américaines comptent…

- On est déçu bien sûr mais les gars se sont bien comportés, on a fait notre match là…

- Je suis né en 1854 dans une petite ville du nord de la France. Mon père est parti dans les colonies... très tôt je compose mes premiers poèmes qui parlent de l’errance… je suis ?

   - Pour un lavage étincelant…

   - Je suis, je suis…  

   - Luc m’a montré le scénario, c’était magique ! J’avais l’impression que ce rôle avait été écrit pour moi et quand…

   - Arthur Rimbaud ! Oui, Pascal, c’est gagné !

   - Le deuxième vous est offert…

   - Demain les Verts joueront leur…

   - Mais si…

  

   - Bonsoir et à demain…


 

Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 18:00
- Par Y.L - Communauté : Revue poésie et nouvelles - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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Muchacha

 

 

Tandis que lui travaille, elle a toujours eu une vie de bohème.

Faisant de petits boulots ici et là, elle se croit libre mais voilà...

Hier…

Le poids du passé…

Elle ne sait plus vraiment où aller.

Et puis ne paie-t elle pas aujourd’hui, de sa jeunesse vagabonde, les pots cassés.

Toujours, elle s’est senti une âme d’artiste.

Elle a écrit, chanté, joué la comédie…

Les petits boulots qu’elle fait attisent son orgueil, mais voilà…

Elle est fatiguée.

Plus jeune, elle a étudié l’histoire de l’art, non pas en vue d’une carrière, mais pour son seul plaisir.

Ensuite, elle a rejoint une troupe de théâtre, elle y a rencontré des gens « extraordinaires »...

Elle a fait de la musique tout en étant serveuse.

Elle a même voulu à un moment réaménager une vieille bâtisse à la campagne.

Elle n’a jamais rougi de sa condition, elle en a même parfois retiré de la force...

Mais maintenant…

Une chose lui a permis de tenir pendant ces dix années : les rêves de reconnaissance qu’elle caressait.

Le soir, sur son oreiller, elle y pense encore.

Elle s’imagine un jour au milieu de ceux qui l’ont dénigrée, sûre d’elle, épanouie, prenant sa revanche…

Elle se voit offrir à ceux qui l’avaient soutenue, ce qu’elle n’avait jamais eu : une chance.

Elle en est là, à croire que toute sa vie comme un puzzle s’emboîtera un jour grâce à un évènement incongru… comme une petite fille qui attend, blottie sous ses draps, l’arrivée du prince charmant.

Elle attend.

Elle vit avec ce frêle espoir.

Rien.

Hier, elle s’est dit :

- Il est trop tard. Trop tard pour passer des concours, reprendre mes études. Que vais-je faire de ma vie ?

Maintenant elle voudrait renaître.

Redevenir une enfant, que sa vie soit une page blanche sur laquelle elle écrirait différemment.

 

Peut-être que demain elle devra faire un choix. Essayer de devenir celle qu’elle est au risque de ne l’être jamais ou bien… enfin se reposer.

 

Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 18:00
- Par Y.L - Communauté : Revue poésie et nouvelles - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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PICT1800 - Copie - Copie

 

 

C’était leur rêve. 

Un rêve de jeunesse, un rêve riverain, un rêve d’évasion, évasif...

Longtemps, entre eux, ils en ont parlé.

Tantôt ce rêve leur est apparu comme impossible, tantôt, certains soirs d’ivresse, comme à leur portée.

Longtemps, tous deux l’ont caressé : témoin muet d’une jeunesse languissante.

Au départ, cela n’aurait été qu’un simple cabanon abandonné, ou  peut-être avec un peu de chance, une vieille bâtisse qu’ils auraient restaurée ensemble, pour y vivre.

Il y aurait eu du travail, tous deux auraient mis du cœur à l’ouvrage…

Avant tout il aurait fallu refaire la toiture.

Sur la charpente, déformée par les ans, il aurait disposé tant bien que mal, de petits carreaux de terre cuite ou d’ardoise ; elle aurait proposé de peindre sur les tuiles des motifs chamarrés évoquant le terroir.

Plus habile que lui, elle aurait dessiné des tulipes à coloris variés, des fauvettes, des faisans, des bouvreuils, des roseaux, des genêts jaunes, des épicéas, des pins parasols, des glaïeuls à la fleur de l’âge et même de petits ruisseaux serpentant la plaine.

 Quant à lui, sans souci de réalisme, voulant mêler au  pittoresque un soupçon d’exotisme, il aurait voulu dessiner en vain un paysage touffu et fantastique sensé représenter, allégoriquement, l’oasis d’El Goléa.

Bien sûr, de temps en temps, au plus fort des chaleurs ou à la nuit tombée, ils se seraient arrêtés...

Un temps seulement, pour se désaltérer de cette eau fraîche des montagnes, de ce vin fort et sec qui vous râpe la gorge, pour déguster à pleine bouche un fruit rouge et juteux épais comme le poing, une salade de pissenlits, un pâté de campagne…

Pendant qu’elle serait partie à l’aventure, en éclaireur, chiner dans les hameaux avoisinants pour dégoter du mobilier vétuste, de la vaisselle vénitienne et toute une ribambelle de broutilles indispensables à l’authenticité du lieu, il se serait improvisé menuisier.

Armé de larges planches de merisier et du manuel pratique du parfait ébéniste, il se serait attelé à la tâche. Ponçant, lissant, polissant de petits tabourets d’ébène et des meubles anciens, rembourrant de vieux fauteuils chétifs, et avec des rameaux longs et flexibles, cueillis à même les saules, raccommodant des chaises en osier…

Une fois les travaux de restauration achevés, ils auraient commencé la déco avec le sentiment partagé de créer une atmosphère artistiquement conviviale.

Dans la grande salle, sur les murs de pierre, elle aurait accroché toute une variété de casseroles en cuivre, elle aurait mêlé des toiles de son cru à des reproductions de Matisse, Renoir, Watteau suggérant des sujets champêtres ou des fêtes galantes.

Entre deux toiles il aurait disposé tout un tas de babioles aux sonorités

étrangement paysannes : un couladou, un sentadou, un bouffadou, ainsi que bien d’autres objets rares : une vieille planche à pain, un rouet servant autrefois à filer le chanvre et le lin, les vestiges d’une machine à coudre…

Sur la cheminée en brique crénelée, sous le porche, ils auraient posé deux landiers en fer forgé, un chandelier, et, sur une petite étagère en acajou, des bougeoirs et deux longs candélabres en bronze ou en laiton malléable dans le but de donner à la pièce, selon l’humeur des nouveaux convives, une tonalité intime ou bien festive.

Là, pour le souper, ils auraient pendu à la crémaillère un morceau de lard fumé et une énorme marmite en fonte.

Assis, tout à leur aise, près de l’âtre crépitant, ils auraient discuté théâtralement de l’avancée des travaux, de divers sujets politiques, philosophiques, scientifiques.

Chacun aurait donné son avis.

Leurs repas n’auraient rien eu de précieux ou de raffiné, mais la fraîcheur, la frugalité des mets, la bonhomie des invités auraient procuré au palais une saveur particulière et sans cesse renouvelée.

Peu à peu, ce lieu leur serait devenu familier.

Le soir, parfois, dans le silence, assis confortablement au coin du feu, lui roulant une cigarette, elle sirotant une tisane de tilleul, ils se seraient demandé si tous ces objets inanimés n’avaient pas une âme.

 

C’était un rêve, un rêve romantique, un rêve de jeunesse, un rêve riverain, un rêve d’évasion, évasif. Un rêve qui avec l’âge peu à peu s’évaporait.


 

Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 17:55
- Par Y.L - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture.. - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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SIMS22

 

 

Quand il arrive ce dimanche, dans la ville de son enfance, il a la gorge serrée.

Hormis le petit carrousel dans le parc rougi par l’automne, rien n’a changé.

Voilà près d’un an qu’il n’est revenu dans ces rues familières à l’odeur particulière, qui changent de visage selon les saisons.

Il lui semble que c’est hier, qu’accompagné de sa mère, marchant bras dessus, bras dessous, ils flânaient sur l’allée principale qui abrite le marché de Noël.

Les travaux de la maison familiale ont avancé.

Son père a fait le crépi, les murs sont habillés de tapisseries… et des bibelots inconnus, jouent, dans la bibliothèque, auquel se fera le plus remarquer.

Plus tard, dans la chambre de ses parents, il déballe le gros carton de photos.

Il aime ce carton, témoin muet de sa jeunesse… ange gardien de son passé.

Tellement de figures ont changé !

Sa grand-mère portant la bûche… sa petite sœur perchée sur un arbre comme un oiseau… et son père au régiment à qui il ressemble comme deux gouttes d’eau…

Un monde surgit tout à coup de l’oubli !

Devant lui s’étale le livre de sa vie.

Entre les lignes, revivent des êtres dont l’existence ne tenait qu’à ces bouts de papier.

Ici, sa mère en timide mariée près de son grand-père défunt ; là, sa tante dansant dans les bras d’un fiancé dont il a entendu parler mais qu’il n’a jamais vu.

Ce parfum palpable des vieilles photos qui exhalent, désordonnées des bribes du passé, peu à peu, pénètre son cœur qui bat la chamade.

Voilà cinq ans qu’il a quitté le cocon familial, s’est consacré à sa vie, à sa vie avec elle, à ses amis, à l’usine.

Et pendant tout ce temps il a oublié, oublié sa famille.

Ceux qui sans doute l’ont le plus aimé reposent paisiblement devant lui…

Aux vingt ans de son frère, il ne se voit pas sur les photos, pas plus qu’aux deux derniers Noëls… Ni à la pose de la première pierre de la maison par son père…

Où était-il pendant ce temps ?

II a voulu vivre...

Se trouver ! Peut-être, au fond... s’est-il perdu ?

Mais déjà, le voilà qui repart, le lendemain.

 

Courant à perdre haleine vers sa vie, cherchant à se faire aimer d’inconnus... le voilà qui repart et qui déjà n’y pense plus.


 

Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 18:53
- Par Y.L - Communauté : le texte voyageur - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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Elle ne s’est jamais retrouvée seule.

 Depuis lui… Lui, son musicien...

Quand ses mains délicates vagabondaient le long de sa nuque, sur ses seins, des frissons parcouraient son corps nu tout entier.

Elle l’avait vraiment aimé, depuis longtemps, depuis toujours…

Elle n’avait jamais ressenti une telle attirance pour un autre homme.

Après lui donc, lors de soirées trop arrosées, par tristesse ou par vengeance, elle s’était offerte au premier venu : le cœur n’y était pas…

Pourtant…

Sous les caresses maladroites de ses amants d’un soir, elle se laissait aller, elle oubliait…

Quelle connerie !

Croyant assumer sa féminité, elle se pliait au dictat du corps, elle faisait de ses désirs une religion… laissant de côté la raison, obéissant à ses pulsions. Deux ou trois relations à la fois… nécessaires, selon elle, à son équilibre. Pff…

Elle sortait d’un lit pour en rejoindre un autre, elle allait et venait, se croyant libre comme l’air,disant à celles qui la jugeaient :

- C’est comme ça que je vis !

Elle n’avait plus une minute à elle, pour elle.

Sa vie était remplie de gens qu’elle croisait, de projets souvent inachevés, de livres à peine commencés...

 

Parfois, elle pense à lui, à leur première fois, elle le revoit, assis, à côté d’elle… à leur première fois…

Un sentiment bizarre l’envahit, elle se sent faible, elle fuit, comme en danger… 

Et alors, appelle un de ces types rencontrés en soirée…

 

Et elle égrène sa solitude, son mal de vivre  dans la foule…  Mais pour elle, toujours surgit au moment où elle s’y attend le moins, l’ombre qui la poursuit et qu’elle sème en vain.

 

Pourtant, ce matin là...


 

Samedi 25 décembre 2010 6 25 /12 /Déc /2010 19:00
- Par Y.L - Communauté : Revue poésie et nouvelles - Publié dans : YiANNiS LHeRMeT //
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