La grève des bords de mots est un sable rêche
Roulé de vagues de silence
Les marées de l’absence aiguisent les arrêtes pointues des cailloux salés
Sur le bord des lèvres, là où s'éteignent les appels qu’on ne crie pas
Par décence
Un vieux pêcheur muet lance une ligne
Dans un bruit mat qui se noie aussitôt
Le muet parle à des sourds
Ils avalent les phrases sans en recracher un morceau
Et ça fait un désert si blanc que le pêcheur baisse sa casquette
Protège ses yeux
Et ramène sa ligne
Ca ne mord pas aujourd’hui
Je me détruisais savamment,
Alcool et cigarette :
Je vivais rarement.
Je m’interdisais de rêver,
De tisser des histoires,
Et de chanter de la musique envenimée
D’espoirs percés.
Je l’ai trouvée jolie comme un chagrin.
Moi, qui mêlais l’amour avec l’ordure
Je fus confus, confondu… Confiant ?
Je voulus tout recommencer, tout romancer.
Dès lors, l’autre n’existait plus.
Je voulus tout recommencer.
Je l’inventais profonde
Et ma pensée féconde
Tressait sur ses bras minuscules
Des caresses tremblantes,
Des baisers ridicules.
Je voulus tout recommencer.
Et je relus
Les Lamartine, les Musset,
Ses lèvres dansaient dans ces vers mièvres,
J’époussetais mon passé poussiéreux,
Je la rêvais mélancolique,
Triste au possible.
Je voulais l’amuser,
Pantin, je lui écrivais sur la peau
Ces mots d’amour
Que je croyais, pour moi, à jamais corrompus.
Je lui rechantais mes chansons.
Absente ?
Je me rongeais les ongles,
Je devenais cinglé
Et j’apercevais dans la glace
Les sangles du passé.
Je redécouvrais la nature :
Ces couchers de soleils que je trouvais idiots,
Et, d’un air satisfait je regardais là haut
Seul, dans ses bras chétifs, les étoiles luisantes.
Je voulus la décrire
Et je l’ai regardée des heures,
Je l’ai regardée rire
Et je l’ai regardé dormir
Mais je n’ai pas su la décrire.
Elle était jolie comme mon chagrin
Et son chignon à ses cheveux
Lui donnait un air enfantin…
Depuis que je l’aime je sais
Etre avec elle malheureux.
« Nous n'avons fait que fuir » est un album de Noir Désir enregistré en public dans le cloître du couvent des Ursulines le 21 juillet 2002, lors du Festival de Montpellier-Radio France et publié en 2004 aux éditions Verticales. Il contient un seul et unique morceau de 55 minutes sur un long poème de Bertrand Cantat.
Je vais pâlir un jour
Et refermer l’objet de mes lectures -
Devrai-je dire le noir de mes yeux face au monde ?
-----En attendant
La musique emplira ces journées
Comme l’eau les gours d’un torrent
Comme le soleil mûrissant le grenat des raisins
J’essaierai d’être simplement au monde
Et d’ouvrir tous mes sens à sa beauté absurde
J’apprendrai à défaire mes peurs et à me sentir vrai
-----Alors
Tout ne me semblera plus transitoire mais
Là au moment où ça est -
Dans son acceptation et son
« Comme un éclat de rire
Vient consoler tristesse »
Damien Saez
Triste archange au paradis des fous
Voilà que nos chants tes cris secouent
Nos braises frayeurs fragiles en chacun
Regrets faussement éteints vivants chagrins
Méchantes sont les heures perdues de chemins en chemins
Tes poèmes pleurent le picaro humain
Ses rêves goulus qui brûlent son gosier chaque nuit
Et ses amours violentes à brûle-pourpoint
Sa voix étranglée par les treize coups de minuit
Cette Méchante que tu nommes putain de belle vie
Vos voyelles mutantes les colorées
Ne sont pas à vendre
Ne cesses-tu de nous rappeler
Nos voyelles, lettres frêles égarées dans le ventre du serpent alphabet, moins extravagantes
Sont à retordre à sophistiquer
Mouillées d’un alcool frondeur dans un savant désordre
Insignifiant anonyme On fait bander sa plume Mouiller la rime Enfin, fuir
Le réel
Et jouir quelquefois,
Et l’on zigzague Divague En vogue La vague A l’âme
Attendant L’ascension L’échafaud Direction l’Eternel
Tu sais moi j’ai les ailes exténuées déjà
Un rien de poésie à r’cracher sous la nuée tu vois
Et j’imagine déjà l’épitaphe Mélancolie sous l’oranger surplombant ma stèle
A faire grincer l’étoile qui palpite dans tes flammes
A Toi l’angelot grand diable d’écorché
Ton lamento se répand sur nos ombres qui clopinent sur le pavé
– lavé, l’extérieur nuit, luit –
Brillent les mirettes tende l’oreille à ta musique jets de pierres en poésie
Toi le poète le crieur le loup, résistant l’ancien l’afghan est mort comme son souvenir en chanson sa petite histoire
Va s’échouant en
Harakiri dans l’enfer des caniveaux
Trou noir et béant, bénissons d’avance nos mémoires
Bouche-bée, et
En chansons ou en talons
Gosier rougis par les pas perdus des femmes errantes, au
Gosier rougis par les treize coups de minuit
Et ta voix, l’ange
Pendant que les vers de baisers mangent nos mines tragiques
Rend au poing levé sa dignité qu’on a vite fait d’enterrer
Dans nos estomacs terreux, un rien cyniques
Vois-tu mon Ange ce qui me dérange
C’est l’insupportable couleur de la douleur
La mienne nourrie des leurs
A ceux-là les pourris les gueules safranées
Grimaces muettes farandoles macabres télévisuées aussi vite enterrées
- Guerre salope est la paix ses artefacts sans cesse rideau rouge mille fois levé -
Comédies du Vertige au métronome exact
Armes de destructions massives comme milliards de bénéfices en fumée
Mais nos petits intérieurs repus de quelques vertus sont peuples de mignons, grouillant de vices, je sais
Vas-y court sur ma paume comme un cancrelat toi
Ligne ensanglantée, court, et
La courbe équateur fait goguenard le tour de mon coeur
Et repart à la lune
Et coule ma douleur
Et tourne ma fortune
Et qui toussote croit étouffer le cri pâteux du chien humain
Mais l’ange est vaillant, à ses heures, poète veillant au grain
Au seuil céleste du grand départ pour l’autre bagne
Donne à la vermine impatiente à bouffer des vers
Car la mort parfois promet d’être moins amère
S’écrit-on en prières en oasis de Cocagne
Si je ferme les yeux bien forts sans doute ferais-je moins la fière
Dormeuse rêveillée quelle que soit ma patrie je consomme du sommeil noir
Et de la hargne
Poings d’ironie points de suspension
En suspension
Moderne
Comme l’homme-oiseau mon frère dantesque et noir qui ne s’envole qu’en pensée de son triste territoire
Photogénie grotesque de ce mémorable irakien qui me hanterait presque
Quelle que soit ma nuit mes pensées fument en sommeil ivoire
Vas-y bel ange défonce ta voix quant à moi je reprends anonyme ton refrain
J’ouvre grand mes yeux chimères bleues
Et lève ma plume à la dignité de mes frères chiens
Anonymes monstrueux aux culs défoncés à faire pleurer Dieu
Et faire vomir encore quelques bardamus humains
M’agrippant loin de toute pudeur toxique à ton auréole mélancolique
Nos voyelles mutantes les colorées
Ne sont pas à vendre
Pour les anges égarés saltimbanques fêlés
Autres Cracheurs d’encre Horlas perdus Fauteurs d’Art Craché
Saez
N’aie de cesse de crier
Une infinie tristesse
Descend sur ma lèvre inférieure
Enfumée,
Son sel réchauffe mes paupières
Affamées.
L’autre s’endort,
Innocente,
De la souffrance que j’endure
Contre son sein sauvé des cendres.
Où sont passées
Nos anciennes idoles,
Nos parterres d’étoiles,
Nos chansons,
Nos idylles ?
Sur les toits recouverts de tuiles
Aucune
Rose au corsage.
Pourtant, rien n’a changé.
Si ?
Les enfants se sont assagis…
L’expérience amoureuse
Nous a rendus frileux,
Et nous n’avons pas su sauver des cendres
Un morceau de folie.
Une infinie tristesse
Sur ma lèvre inférieure.
Demain, nous fileront vers les Flandres…
La nuit recouvrira notre silence
Dans une obscène obscurité
Sans étincelle.
