Vincent van Gogh, « La nuit étoilée »
Quand viennent les nuits roses d’été, sur son séant, abrité par la dune, le visage éclairé par un rayon de lune, l’enfant contemple l’océan, en dessinant.
C’est l’heure où les châteaux de sable disparaissent sous la marée, c’est l’heure où les bateaux, amarrés au port, dorment en silence. Les étoiles en ribambelles tapissent l’étendue du ciel. C’est l’heure où l’enfant se demande ce qu’il fera quand il sera grand.
Souvent, il se dit qu’il s’installera ici, pour vivre près de l’océan, d’autres fois qu’il embarquera sur l’un de ces longs vaisseaux qu’il voit défiler au petit matin dans la baie. Puis, il pense à demain : aux longues courses sur la grève, à la partie de pêche avec son père, à l’histoire que lui racontera sa mère…
Enfin, l’enfant ne pense à rien, il écoute monter en lui une mélancolie profonde, une rumeur venue du fond des nuits, pesante et vagabonde, une rumeur qui déjà le poursuit, qui le suivra toute sa vie.
A cette heure où la plage flanche, il trace sur sa page blanche, des traits à l’encre noire qui remplissent d’espoir ce cœur qui ne sait comment lever l’ancre.
C'est drôle.
ne pas exprimer sa musique
nous soumet à celles des autres
les sons s'acharnent dans l'ouverture
un sadisme en multiplex
qu'on laisse aux gens énergiques
une rengaine à coups de corne
quelle que soit la force
à même le sol
le silex cisaille les pieds
c'est drôle
la pointe donne
elle offre une crevasse qui s'étend
nous sommes là
tout au bord
on se rapproche
on veut toucher
mieux se voir
en traçant les contours en gras
les joues trouées
on voit nos dents
ça nous fait rire
la faim nous tient debout
mange, mange le souvenir
quand on se gargarisait d'être
sans brassard pour se distinguer
c'est inscrit quelque part
sur des carnets
quand on voyageait
sur la route du Cortex au Cosmos
mais à chaque bouchée
c'est trop nerveux
manque de cuisse
le contenu se dérobe
j'ai failli m'étouffer
c'était quoi déjà?
nous n'irons pas plus loin
dites au chef que
ça nous fait rire
j'ai perdu l'appétit
fin de l'extase
j'ai mal aux tympans
la fugue s'achève
à l'horizontale
sans artifices
la face incandescente
je saigne des oreilles
ça nous fait rire
© Laurent Chimento, « La partie d’échecs »
Il est tôt ce matin, le soleil flâne encore sur l’oreiller…A pas de loup, l’enfant se rend à l’atelier.
Tout est calme et un petit chat sort brusquement de dessous l’établi, l’enfant retient un cri, s’arrête un court instant, jette un coup d’œil furtif sur les meubles luisants qui somnolent dans la pénombre, puis se dirige lentement vers la remise. Il retrousse ses manches, soulève un fauteuil empaillé… Au loin, un chien aboie, les cloches carillonnent : on est dimanche. L’enfant sort délicatement de sa cachette une fine planchette, quelques petits rondins de bois.
Puis, il regarde encore autour de lui, de peur de se faire surprendre. Il gravit l’escabeau, chipe sur la tablette deux pots de peinture noir et blanc, une règle et un mince pinceau.
Il s’assit sur le sol recouvert de sciure. Sur la planchette, il trace de longues lignes horizontales, verticales qui s’entrecroisent et forment de petites cases ; il enduit de peinture les rondins de bois : un blanc, un noir, un blanc, un noir…Il est consciencieux, appliqué.
Mais il n’a plus beaucoup de temps, plus que deux jours avant l’anniversaire de grand-père.
Oui à l’égarement
Songe, une seconde
Confronté aux quatre vents
Une direction
Le piège sans fuites
Hauts murs poreux des précipices
Oui à l’égarement
Des wagons sans doutes
Transportant les compromis
A la dérive, des pommettes
Sous le rire en cachette
Les cons promettent dans l’oubli
Oui à l’égarement
Devant la peur qui s’éduque
Tendre est la baguette
Sur les rêves qui s’absentent
Des discours adultes
Exsangues et assidus
Oui à tous les fous, les consentants
Le détour des laisses et des chevilles
Hors des plinthes, des barricades
Les inadaptés des loges futiles
Décochent les cases vides
Des formules immobiles
http://lesfossilespaupieres.blogspot.com/
Tras de un amoroso lance © Pradal - Guirao - Velázquez / Saint Jean de la Croix. La Nuit Obscure.
[ Ma compagne des aubes nulles
au son clair des camions-poubelle ]
La pluie qui sent la braise du Néron en flamme
Nature qui rend fou
Oxymore assoiffée d’errance
Nature qui rend fou
De la pluie aux odeurs de cendres.
Et les éclairs semblant venir après le bruit !
Ah la joie de la peur transcendée !
Ah ces odeurs de Rome aux arômes moqueurs !
Où sommes-nous ?
Sans alcool et sans ciel
Puisqu’il est là et hurle
Et pleut des mots sans excroissance
autre que la pluie
Des dieux sans os mais tout en bruit
Alors existent
Et tout redouble
Et même aux rires sans écho
Et même aux pensées solitaires
L’eau répond à tout
Au tout d’ivresse au dieu du vide
Et comme le sens
de la chute est
toujours le même
Il contient la promesse de la verticalité…
Libérez-moi des canicules !
Libérerez-moi de ces chiens pédérastes
Et justifions le clou des rides sur l’humeur nauséabonde et tant proche que l’être en caleçon accourt et prie car ne sait plus que faire
Et l’avorton des monte-en-chaires
N’avait rien compris
Il agite ses muqueuses à l’encontre des métamorphoses du rien
En rien
En trou de météore
En rire d’abondance
Quand il est en forme…
De croix ? me dira l’apocryphe
Oh si vous saviez !
Mais tout se calme.
Comme le bruit est beau !
Et l’eau s’emplit de rigoles en flaques de pluie qui confère à la rue cette aura de vécu que n’aura jamais le samedi des soldes…
ou la fête des morts
Et la peau glisse sur le mot crisse sur le dos des feuilles jaunes qui s’emplissent d’encre bleue
Comme l’étant n’est plus si beau
(n’est plus si beau)
Qu’alors l’étant sans eau n’est plus qu’averse de feu sur sécheresse
Et mort pour bout de compte
Et les amours seront toujours terrestres
Pauvres folles qui croyaient au sourire des anges
Montrez plutôt votre cul au rire des phalanges
Innombrables et en rut…
La clé de sol
Celle-là même qui nous rive à la terre
Appelons la les pieds aux fers…
Mais rien n’empêche la musique
Une dame d’un certain âge, fanée par les années, courait à perdre haleine en cette journée de printemps frileuse, propice aux amoureux.
Soudain, elle fit halte devant l’échoppe du fleuriste. En hâte, elle rajusta son chignon et s’avança vers le petit garçon qui gardait la boutique. La dame avait l’air essoufflé, semblait ne pas trop savoir ce qu’elle désirait. L’enfant, calme, la regardait tout en confectionnant de ses doigts délicats un bouquet de fleurs chamarré.
D’une voix évasive et suppliante, elle dit au garçon qu’elle voulait accompagner de fleurs un billet doux pour son ami. L’enfant lui sourit et lui répondit presque en chuchotant :
- Vous savez, les fleurs possèdent leur propre langage et ce langage parle au cœur de façon plus profonde que tous les billets doux… Voilà dix roses pour l’amour, neuf lilas pour l’amitié, huit boutons d’or pour votre joie et sept bleuets pour la timidité. Voilà encore six lavandes pour un brin de tendresse, cinq rhododendrons pour l’élégance, quatre belles-de-nuit pour la discrétion, trois perces-neige pour l’épreuve, deux jonquilles pour la mélancolie et un souci s’il vous fait du chagrin.
La dame remercia l’enfant en lui posant un dahlia au creux de son gilet, puis s’en alla.
En cette journée de printemps ensoleillée, propice aux amoureux, une dame d’un certain âge, heureuse, flânait cheveux au vent, sur le chemin, un bouquet à la main.
Et sous le ciel bleu oranger, les passants qui la connaissaient en la voyant passer se disaient qu’elle ressemblait à une fleur de lys tant son visage avait changé.
